Notre-Dame des Marches, le petit Lourdes fribourgeois (II)
Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre · 2010-04-01 · Introibo n°35 - avril 2010
Description de la chapelle
Le plan de l’édifice présente une nef rectangulaire fermée d’une abside semi-circulaire, et flanquée au sud d’une sacristie carrée. Abrité par un auvent fortement remanié, l’arceau du porche repose sur deux pilastres à chapiteaux toscans. Sur la façade ouest, deux oculi superposés éclairent la nef et les combles ; à mi-distance entre eux, un bloc de grès se détache du crépi et porte gravé en majuscules : FUNDAVIT EAM ALTISSIMUS 1705. C’est là une citation du Ps 86, 5 : « Et de Sion il est dit : tous y sont nés, et c’est le Très-Haut qui l’affermit. »
A l’intérieur, des pilastres de grès séparent les trois travées voûtées d’arêtes accentuées. L’ensemble relève d’un classicisme architectural rigoureux, assez paradoxal au moment où la sculpture baroque atteint son apogée dans nos régions.
Sur les deux pans du toit, un clocheton octogonal coiffé d’un bulbe baroque, abrite deux cloches. La plus ancienne, signée par Hans Wilhelm, porte l’inscription : « Jesus-Maria-Joseph, 1706-1711 / R.D. J. Ruffieux, Decanus et Parochus Grueriæ, dicavit Mariæ ».
La plus récente, ornée d’un Christ en croix entre saint Jean et la Vierge, porte simplement: « J. Ruffieux, gouverneur, 1774 ».
L’autel
Le maître-autel est celui qu’allèrent commander à Grandvillard en 1731 le doyen de Gruyères avec Ignace et Pierre Ruffieux et Jean Chappuis. Avec ses colonnes de faux marbre, ses rinceaux dorés, argentés et lustrés, il représente l’exemple-type de ce baroque assagi. Le tableau central a disparu. Il reste cependant aux volets les peintures de sainte Anne et Joachim. A l’attique, les médaillons de saint Jean-Baptiste et saint Jacques le Majeur, patrons des fondateurs, encadrent un saint Joseph.
L’antependium est récent. Sur le bois peint de fleurs, une vierge paraît entre un cœur couronné et une arche de Noé, entourés de douze étoiles.
La Vierge et ses parures
Selon une coutume assez fréquente dans les lieux de pèlerinage, la Vierge est offerte à la dévotion dans un riche manteau brodé. Elle apparaît ainsi déjà dans les ex-voto des XVIIe et XVIIIe siècles. L’une des robes (cf. photo) a été brodée par l’abbaye de la Fille-Dieu en 1893. Elle est blanche à rinceaux néo-gothiques et présente les armes des Chartreux, les donateurs : un globe terrestre sommé d’une croix, nimbé de sept étoiles d’or sur fond d’azur, flanqué des armoiries de la Fille-Dieu et de Corbières.
Sous le manteau brodé, la statue, d’une hauteur de septante centimètres, présente, dans un modelé ample et harmonieux, tous les caractères de la sculpture gothique de la fin du XVe siècle. Le manteau de la Vierge offre des fragments importants de polychromie originale, faite de bleu rehaussé de motifs appliqués et dorés.
Les ex-voto
De nombreux pèlerins ont manifesté leur gratitude pour les grâces acquises. Malheureusement, à partir du XVIIIe siècle, les plaques de marbre et les cœurs de métal doré ne présentent plus beaucoup d’intérêt et ne nous renseignent que peu sur les faveurs obtenues.
Les ex-voto des siècles précédents sont plus intéressants. Le plus ancien, daté de 1678, relate une guérison demandée et accordée. On ignore le nom de la famille agenouillée devant la Vierge des Marches. Le mari, devant ses trois fils, porte le costume des patriciens.
Suspendue au cadre de ce même tableau, la chaîne de Jean-Antoine Judet, bourgeois de Bulle, paraît plus émouvante. Sa rançon fut payée aux Berbères, qui l’avaient fait prisonnier, par les pères Trinitaires, grâce à une collecte dans les bailliages de Bulle et de Gruyères, décidée par le gouvernement en 1765. Conformément à la promesse faite durant sa captivité, il vint suspendre sa chaîne au pied de la Vierge, à qui il avait demandé sa délivrance.
Cet épisode est également raconté sur un vitrail, à gauche dans la nef.
Un autre vitrail, situé à droite, raconte la célèbre guérison en 1884 de Léonide Andrey, âgée de 22 ans. On ignore la nature exacte de sa maladie, mais la jeune femme souffre « de douleurs d’entrailles et dans la moelle épinière », selon l’enquête ecclésiastique. Elle ne peut plus marcher depuis six ans. Et voilà qu’après la messe, Léonide Andrey s’en retourne chez elle d’un pas léger, miraculeusement guérie. C’est la première d’une série de guérisons de cette décennie 1880 qui vaudra à la chapelle le surnom de « petit Lourdes Fribourgeois ».