La douceur

Abbé Adrian Debow, FSSP · 2018-11-01 · Introibo n°129 - novembre 2018

Une vertu pleine de force à cultiver avec patience

« Prenez mon joug sur vous et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. » (Mt 11, 29) En entendant cette parole de Notre-Seigneur, nous pensons assez naturellement à l'image du Sacré Cœur. Nous saisissons aussi immédiatement, dans une certaine mesure, ce que signifie être humble, mais la vertu de douceur est quant à elle rarement bien comprise.

La douceur est « une vertu morale surnaturelle par laquelle nous empêchons et limitons la colère, supportons le prochain malgré ses défauts et le traitons avec bonté. » (A. Tanqueray, Précis de théologie ascétique et mystique) C'est la vertu qui retient la colère envers quelqu'un et la change en bonté. Autrement dit, c'est la force qui est contenue et dirigée. Chez ceux qui ont cette vertu, on trouve une réelle force de caractère et de volonté. Ainsi la douceur ne dénote pas la faiblesse, mais au contraire la force. Lorsqu’elle est possédée en perfection, la douceur existe non seulement dans la volonté, mais aussi dans les émotions. Bossuet affirme ainsi que « la vraie marque d'innocence, qu'elle soit préservée depuis le début ou retrouvée, c’est la douceur ».

Un effet évident de cette vertu est l’amabilité et l’attrait du caractère, bien que l’inverse ne soit peut-être pas toujours vrai. Nous connaissons probablement tous quelqu'un qui a une réelle force de caractère et qui est pourtant doux. Ces personnes pourraient avoir une grande force dans leur colère, pourtant celle-ci est comme dirigée et contrôlée. Nous ne voulons pas décevoir de telles personnes, mais nous savons que si nous le faisons, elles nous aideront à nous corriger. C'est pourquoi ces personnes nous attirent, car leurs émotions sont stables. Nous pouvons imaginer une personne du caractère opposé : avec une telle personne nous devons toujours faire attention et dire les bonnes choses pour ne pas la contrarier.

Cette vertu, toujours selon Tanqueray, possède une double excellence. La première est d’être, selon M. Olier, « la plénitude de la perfection dans le chrétien, car elle suppose en lui l'abnégation et la mort absolue de l'intérêt. » Quand nous sommes trop préoccupés par nos propres besoins et désirs, nous avons tendance à vouloir leur satisfaction à tout prix. Par exemple, lorsque nous voyageons en avion, nous pouvons être confrontés à des retards et à des annulations en cours de route. Bien souvent vous verrez une personne au guichet de la compagnie aérienne entrer dans une colère noire… alors qu’il s’agissait d’un problème lié aux conditions météorologiques. Leur colère rend ces personnes « explosives » et passionnées envers des employés qui n’y sont pour rien, et tout cela parce que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu selon leurs désirs.

Le deuxième point est que la douceur apporte la paix, qui est la tranquillité de l'ordre. Cette paix est triple : la paix avec Dieu, la paix avec le prochain et la paix avec nous-mêmes. Une personne qui est habituellement en état de grâce, qui maintient l'ordre et la justice entre lui-même et les autres, et qui a un sain amour de soi, est capable de croître et d'agir aimablement avec les autres. Il sait que tout ce qui lui arrive vient de la Providence de Dieu.

Une remarque particulière doit être faite à propos de la paix avec nous-mêmes. Le père Tanqueray dit ceci de ceux qui sont doux envers eux-mêmes : « Quand on a commis une faute ou une bévue, on ne s'impatiente ni ne s'irrite ; mais on se reprend avec tranquillité, avec compassion, sans s'étonner de ses fautes, en profitant de l'expérience acquise pour être plus vigilant ». Il est important d’avoir une bonne patience avec soi afin d’avoir plus de patience avec les autres. Si nous sommes impatients et durs envers nous-mêmes, dans notre exaspération, nous pouvons être durs envers les autres.

Nous devons donc bien comprendre cette vertu de douceur, à savoir qu’elle n’est pas une vertu par laquelle nous laissons les autres nous utiliser comme ils veulent, mais une vertu par laquelle la véritable force de caractère se manifeste. Nous devrions commencer à imaginer notre Seigneur de cette façon et nous demander : qu'est-ce qui a rendu son caractère si attrayant pour les autres? Était-il dur et cassant ou était-il ferme mais doux ? Comment cette force a-t-elle été maintenue dans la gentillesse envers les pécheurs et dans la vérité envers le péché ?