Saint Jean-Baptiste

Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2018-12-01 · Introibo n°130 - décembre 2018

Prophète de l’Avent

Saint Jean-Baptiste est l’une des figures que l’Église propose à notre méditation durant ce temps de l’Avent. Son rôle de prophète, de précurseur, d’annonciateur du Messie, nous prépare à la naissance du Sauveur.

Écouté par les foules, entouré de disciples, Jean-Baptiste était un homme bien en vue lorsque Jésus commença sa vie publique. Bien que n’ayant jamais recherché aucun honneur humain, le roi Hérode lui-même, dont saint Luc nous dit que la vie était pleine de méfaits, aimait le rencontrer et l’écouter. Saint Marc nous rapporte même qu’Hérode « craignait Jean », sachant qu’il était « un homme juste et saint ». À ce propos, le vénérable Fulton Sheen (évêque américain, 1895-1979) écrit ces paroles terribles : « Les faibles craignent les bons parce que les bons sont un vivant et constant reproche pour leur conscience. Les sans-Dieu aiment la religion un peu comme ils aiment les lions, morts ou dans des cages. Mais ils craignent la religion lorsqu’elle jouit de la liberté et commence à réveiller leur conscience. »

C’est donc aussi pour cela que l’Église nous parle de Jean-Baptiste en ce temps de préparation à Noël : pour réveiller nos consciences. Car, sans être comme le cruel Hérode, nous avons peut-être tendance à préférer l’enseignement de l’Église lorsqu’il ne vient pas trop déranger notre confort.

Hérode aimait bien entendre parler Jean-Baptiste dont il appréciait certainement la fougue et le discours brillant ; il devait admirer sa sagesse et son mode de vie humble et pauvre. Mais dès que son enseignement commença à toucher le concret de sa vie personnelle…. halte-là ! Ainsi, s’il était un sujet que Jean ne devait pas aborder à la cour d’Hérode, c’était celui de la situation matrimoniale du roi qui avait renvoyé son épouse et pris la femme de son propre frère Philippe. Mais Jean, au lieu d’agir en homme prudent qui se range aux avis des gens du monde, était résolu à plaire à Dieu et non aux hommes. Aussi, comme le rapporte l’Évangile, il décida de s’élever contre cette conduite scandaleuse. Il désirait trop le bien pour cacher le péché d’Hérode, il prenait trop à cœur sa santé morale pour laisser une telle plaie sans la traiter, il était trop rempli de charité pour penser à autre chose qu’au salut de l’âme d’Hérode. Un jour il déclara donc à Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. » Et il fut mis en prison.

Et nous ? Ne sommes-nous pas parfois de ceux qui voulons bien écouter l’enseignement moral de Jésus et de l’Église tant qu’il est question d’amour du prochain, de fraternité universelle, de développement équitable, etc. mais qui nous cabrons dès qu’il est question de nous reconnaître pécheurs dans le sacrement de la confession, dès qu’il est question de faire pénitence, dès que le prédicateur explique la gravité du mensonge, de la médisance, de l’impureté, de la pornographie, du concubinage notamment avant le mariage ou de la contraception ? Dans ces cas, oui, nous aimons bien entendre parler de religion… mais comme nous aimons les lions : morts ou en cages.

Si le Christ et l’Église piquent notre conscience sur des sujets qui nous dérangent, notre seule réponse est-elle : « De quoi se mêle-t-il celui-là ? Il va trop loin ! C’est intolérable ! Nous ne sommes plus au Moyen-Âge quand même, il faut vivre avec son temps ! » Soyons bien convaincus qu’Hérode a certainement eut ce genre de réaction en entendant les paroles de Jean-Baptiste.

Alors quel plus beau modèle trouver, pour ce temps de préparation à Noël, pour ce temps de conversion, que saint Jean-Baptiste. Loin d’être un roseau agité en tout sens par le vent des passions, loin d’être une feuille morte emportée par les mouvements de l’opinion publique, Jean est le plus grand des prophètes, le messager de Dieu qui vient lui préparer la route.

A sa suite, l’Église et la liturgie nous invitent à nous préparer, à ouvrir nos oreilles et nos cœurs, à accepter d’être dérangés dans notre confort médiocre… et mortel, pour nous laisser toucher par la beauté et la radicalité de l’Évangile. Que personne ne déclare : « cet idéal n’est pas pour moi ». Au contraire : l’enseignement de Jean-Baptiste, l’enseignement du Christ transmis par l’Église, n’a rien à voir avec un recueil de bonne conduite, ou un code de la route moral, rempli d’interdits et d’obligations ennuyeuses : c’est le chemin du bonheur, du vrai bonheur durable, le seul capable de nous combler dès ici-bas et pour l’éternité, à l’inverse de toutes les passions qui nous vendent chèrement le plaisir sans jamais nous donner le bonheur.

L’enseignement de Jean-Baptiste, de Jésus et de l’Église est bien pour les pauvres, les malades, les pécheurs, les médiocres… comme nous ! et qui ont surtout besoin d’un médecin plein de miséricorde, de justice et de vérité.

Le grand saint Jean-Baptiste, dont la voix forte retentit à nos oreilles, est venu pour aplanir le chemin du Seigneur, rendre droit ses sentiers, prêchant la pénitence. Écoutons-le !

Le petit enfant de la crèche que nous attendons, ce petit enfant si faible, vient nous donner la force - par sa grâce - de réformer nos vies, de nous détourner du péché pour nous tourner vers Lui. Accueillons-le !