Carême - Surmonter la trahison du péché par l’Espérance

Abbé Adrian Debow, FSSP · 2019-03-01 · Introibo n°133 - mars 2019

Judas et Pierre. Tous deux ont été confrontés à la trahison du péché commis et au regret qui le suit. Mais l’un a désespéré tandis que l’autre a espéré le pardon.

L’ouverture du Carême nous replace cette année encore face aux mystères essentiels et à la réalité historique de notre Rédemption. Nous sommes invités à considérer, d’une part, notre péché et, d’autre part, la bonté de Dieu qui nous a octroyé notre Rédemption. Nous sommes tous pécheurs et le péché est au fond toujours une trahison envers Dieu. Il nous faut donc apprendre à faire face à cette trahison et savoir comment la surmonter. À ce sujet, nous avons les exemples de deux Apôtres : Judas et Pierre. Tous deux ont été confrontés à la trahison du péché commis et au regret qui le suit. Mais l’un a désespéré tandis que l’autre a espéré le pardon. L’Espérance est donc la ligne de démarcation entre le pécheur perdu et le saint, entre Judas et Pierre.

L’Espérance, en tant que vertu théologale, est très importante car ce que nous cherchons à gagner est au-dessus de nos capacités naturelles. Il faut donc ajouter quelque chose à notre nature pour atteindre cet objectif. D’un point de vue naturel, l’espoir est une émotion qui nous pousse vers un bien sensible qui ne peut être atteint sans difficulté. Mais l’Espérance, en tant que vertu théologale, est plus que cela, puisqu’elle est "une vertu théologique qui nous fait désirer Dieu comme notre bien suprême, et atteindre avec une ferme confiance, à cause de la bonté et de la puissance divine, la béatitude éternelle et les moyens d’y parvenir". (Tanqueray)

Il y a trois éléments à considérer dans cette définition. Premièrement, nous désirons Dieu comme notre bien suprême. En Dieu nous trouvons l’accomplissement de tous nos désirs pour notre bien personnel et celui des autres. Nous tendons vers ce bien quand nous comprenons qu’il est parfait et qu’il dure. Ces deux qualités manquent dans toutes les choses matérielles et même dans les meilleures expériences que nous avons en tant qu’humains, et pourtant nous avons un cœur qui désire la perfection et la durée dans le bonheur. Dieu seul possède ces qualités, et ce n’est qu’au Ciel que nous pourrons vraiment les expérimenter, même si nous pouvons en avoir un avant-goût dans cette vie.

Deuxièmement, l’Espérance est fondée sur la force de Dieu. Le fossé entre le naturel et le surnaturel est si grand que nous ne pourrons jamais le franchir par nos propres moyens. Ce n’est qu’avec l’aide surnaturelle de Dieu que nous pouvons atteindre cette fin surnaturelle. Dans ce but, Dieu a fait de nombreuses promesses tout au long de l’Histoire : qu’Il nous serait toujours fidèle, même lorsque nous ne Lui serions pas complètement fidèles. Nous faisons confiance à Dieu, qui est Vérité et qui ne peut pas nous décevoir, pour tenir Ses promesses et nous soutenir dans nos efforts pour nous tourner vers Lui.

Enfin, notre coopération est aussi nécessaire, car Dieu ne veut pas éliminer notre action, mais l’assister. C’est ainsi qu’Il nous incite à nous approcher de Lui, mais désire que nous fassions un effort pour combler cet écart, bien que cela soit impossible par nous-mêmes. Le simple désir, lorsqu’on le nourrit et qu’on y donne suite, apporte beaucoup de grâces.

En regardant Pierre et Judas, nous voyons que Pierre a compris qu’il avait besoin de l’aide de Notre-Seigneur, comme il l’a lui-même admis : "A qui irions-nous, Seigneur ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, et nous savons que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu." (Jn. 6, 68-69) Cette phrase contient les trois éléments : Dieu est notre Bien Suprême, et il n’y a nulle part d’autre où aller. Dieu est notre force, puisqu’Il a les paroles de la vie éternelle. Et enfin, c’est nous qui irons, c’est-à-dire, nous qui coopérerons. Bien que cette citation soit antérieure à son péché, nous pouvons néanmoins conclure qu’il en a conservé l’esprit, ce qui l’a aidé après sa trahison.

Avec les trois éléments mentionnés, nous avons la clé pour surmonter notre trahison. Pierre et Judas ont tous deux trahi le Christ, comme nous le faisons quand nous péchons. L’un s’est rendu compte que le seul moyen pour surmonter sa trahison était de tenter une réconciliation avec le Christ, l’autre n’a pas voulu tenter cette réconciliation. En ce temps de Carême, lorsque nous méditons les mystères de notre Rédemption, gardons à l’esprit ce qui sépare le pécheur et le saint : la vertu théologale d’Espérance.