La Passion de Jésus à l'école des saints

Abbé Hubert Bizard, FSSP · 2019-04-01 · Introibo n°134 - avril 2019

Les quinze derniers jours du Carême qui nous séparent de Pâques constituent le Temps de la Passion. Les textes de la liturgie illustrent le mystère de la souffrance et de la Croix du Sauveur. A l’approche du mystère pascal, il nous faut entrer plus avant dans la méditation et la prière.

Avant de célébrer la grande et sainte fête de Pâques, nous allons une nouvelle fois entrer dans le temps liturgique de la Passion.

La passion, qu’est-ce donc, sinon en effet le chemin qui mène à la résurrection. Chemin nécessaire selon la sagesse de Dieu. Ne demandons-nous pas à Dieu dans la petite oraison de l’angélus de pouvoir par les mérites de sa croix et de sa passion, parvenir à la gloire de sa résurrection ? Le bienheureux Dom Colomba Marmion, père abbé bénédictin du siècle dernier écrivait : la passion constitue le saint des saints des mystères de Jésus. Elle est le couronnement de sa vie publique, le sommet de sa mission ici-bas, l’œuvre vers laquelle toutes les autres convergent ou à laquelle elles puisent leur valeur.

La « passion », du latin patior (qui signifie je souffre), désigne ce que Notre-Seigneur a accepté de souffrir pour nous sauver ; ce qu’il a accepté de souffrir à notre place pour payer le prix de notre rédemption. Le Christ, en souffrant sa passion nous a rachetés (du péché originel et de ses conséquences) et nous a sauvés. Et le Christ nous a rachetés nous dit saint Paul, au prix de son sang ; et ceci pour le seul motif incroyable de l’amour. Le Christ, dira encore saint Paul, nous a aimés jusqu’à la mort, et la mort sur la croix.

Pourquoi ? Et bien parce que la souffrance est souvent le plus beau moyen de montrer son amour pour quelqu’un. Si vous êtes capables de souffrir pour quelqu’un, c’est que vous l’aimez. Si vous partez en courant et vous enfuyez... c’est que votre amour est court. Il n’y a pas de plus grand amour dira Jésus, que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Le Père Lacordaire disait : nul ne sait aimer s’il ne sait s’immoler, l’immolation est la moitié généreuse de l’amour.

Sainte Angèle de Foligno, que le vénérable Pie XII considérait comme la plus grande mystique franciscaine (inscrite au catalogue des saints en octobre 2013 par le Pape François) est un bon modèle pour nous parler de la passion du Christ ; mondaine, elle se convertit de manière décisive à 26 ans suite à une apparition de saint François qu’elle avait invoqué pour qu’il l’aide à faire une bonne confession générale. Trois ans plus tard, l’ascension mystique de notre sainte commence alors à se réaliser, et elle en racontera les étapes. Elle écrira, ou plutôt son confesseur écrira pour elle dans son autobiographie spirituelle, pour la huitième étape de son ascension, cette petite phrase importante : je reçus, avec le regard sur la croix, une plus profonde connaissance de la façon dont Jésus-Christ était mort pour nos péchés. J’eus de mes propres péchés un sentiment très cruel, et je m’aperçus que l’auteur du crucifiement c’était moi. Mais l’immensité du bienfait de la croix, je ne la comprenais pas encore.

Si nous n’étions pas présents physiquement il y a deux mille ans lors de la Passion du Christ, pourtant cependant, l’auteur de cette même passion, c’était bien nous. Nous sommes donc tous invités avant Pâques (et la liturgie nous y aide) à bien méditer sur la passion du Christ, nous souvenant que saint Bonaventure disait que cette Passion de Jésus fait fondre d’amour les cœurs durs comme la pierre.

Un jeudi saint, le Seigneur parlera à l’âme de sainte Angèle de Foligno et lui dira cette parole très connue : ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée. L’amour de Dieu pour chacun d’entre nous, c’est aussi la passion, c’est-à-dire un amour sanglant et douloureux. Et cet amour est extrêmement sérieux. Et notre sainte notera : Cette parole me porta dans l’âme un coup mortel, et je ne sais comment je ne mourus pas ; car mes yeux s’ouvrirent, et je vis dans la lumière de quelle vérité cette parole était vraie. Je voyais les actes, les effets réels de cet amour, jusqu’où en vérité il avait conduit le Fils de Dieu. Je vis ce qu’il supporta dans sa vie et dans sa mort pour l’amour de moi, par la vertu réelle de cet amour indicible qui lui brûlait les entrailles, et je vis dans son inouïe vérité la parole que j’avais entendue ; non, non, il ne m’avait pas aimée pour rire, mais d’un amour épouvantablement sérieux, vrai, profond, parfait, et qui était dans les entrailles. Et alors mon amour à moi, mon amour pour lui, m’apparut comme une mauvaise plaisanterie, comme un mensonge abominable. Ici ma douleur devint intolérable, et je m’attendis à mourir sur place.

Profitons tous, et moi le premier, de ce temps liturgique de la Passion pour mieux réaliser combien le Christ nous a aimés et combien il attend que nous l’aimions à notre tour.