Prolonger sa vie d’un seul instant ?
Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2019-07-01 · Introibo n°137 - juillet-août 2019
Prendre le temps de réfléchir sur le sens de notre vie
Chers fidèles,
Les mois de juillet et d’août marquent, pour beaucoup d’entre nous, un temps de vacances ou tout au moins un rythme différent et moins trépidant que le reste de l’année. C’est certainement l’occasion de prendre un peu de recul, de faire le bilan de l’année scolaire qui se termine et de réfléchir sur le temps qui s’écoule.
À ce propos, saint Matthieu nous rapporte dans son Évangile cette question de Jésus : « Lequel d’entre vous, à force de préoccupations, pourrait prolonger sa vie d’un seul instant ? » N’est-ce pas justement face à la mort que l’argent, les biens matériels, les honneurs, trouvent leur juste valeur ? Qu’emporterons-nous ? Que laisserons-nous ? Ce qui nous inquiète tant aujourd’hui, telle affaire, tel problème, telle injustice : comment jugerons-nous tout cela au moment de quitter cette terre ?
La méditation chrétienne sur la mort, notamment celle proposée par saint Ignace dans ses Exercices, n’a rien de morbide. Fidèle à sa méthode de composition de lieu, saint Ignace nous propose de nous imaginer au moment de mourir : « Je considérerai, écrit-il, comme si j’étais à l’article de la mort, de quelle manière et avec quel soin je voudrais m’être conduit dans mes choix présents ; et, me réglant sur ce que je voudrais avoir fait alors, je le ferai fidèlement maintenant. » La spiritualité chrétienne reprend ici l’idée antique de la nécessaire familiarité avec la pensée de la mort et du rappel de son imminence (memento mori, souviens-toi que tu es mortel). Cependant, (Suite page 2) tandis que l’antiquité prônait le « carpe diem » (cueille le jour, profite du moment présent), l’Église insiste sur l’urgence de la conversion : vivre maintenant comme je souhaiterai avoir vécu au moment du jugement qui suivra ma mort. Ainsi, si l’homme ne peut ajouter de jours à la vie, il peut ajouter de la vie aux jours, c’est-à-dire qu’il peut utiliser le temps que Dieu lui donne pour faire le bien, pratiquer de tout son cœur l’amour de Dieu et du prochain.
Mais allons plus loin. Essayons de répondre à la question de Jésus : « Qui peut ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? » Ici-bas, nous l’avons dit, personne. Mais Dieu, lui peut ajouter de la vie, et même une vie éternelle aux jours que nous passons sur terre. « Celui qui croit en moi, nous dit Jésus, même s’il meurt, vivra éternellement. » C’est donc en faisant la volonté de Dieu, en recherchant le bien et la justice, que nous pourrons, très réellement ajouter la Vie à notre vie.
Plutôt que de courir après des biens éphémères qui ne peuvent nous rassasier, plutôt que de croire que nous pourrons ajouter quelques centimètres à notre stature en nous hissant au-dessus des autres, plutôt que de vouloir trouver le secret de l’éternelle jeunesse et tenter désespérément d’ajouter des jours à une vie qui est, en réalité, entre les mains de Dieu, lui seul connaissant le jour et l’heure… c’est aujourd’hui, c’est maintenant qu’il faut servir Dieu, rechercher son Royaume et sa justice, c’est maintenant qu’il faut semer et amasser pour le Ciel, c’est aujourd’hui qu’il faut ajouter une vie éternelle à notre vie mortelle !
Nul d’entre nous ne peut, à force d’inquiétudes, prolonger sa vie d’un seul instant. Mais tous nous pouvons, avec la grâce de Dieu, obtenir la vie éternelle et le bonheur du Ciel !
Bonnes vacances à tous !