La prière
Abbé Vianney Savy, FSSP · 2019-10-01 · Introibo n°139 - octobre 2019
Invitation à la messe d’action de grâce
La prière est nécessaire au salut : nécessité non seulement de précepte, c’est-à-dire qu’elle a été explicitement demandée par Notre Seigneur « veillez et priez » ; mais également de moyen, dans le sens où le Bon Dieu attend de nous que nous nous adressions à Lui pour Lui demander ce dont nous avons besoin. Saint Thomas enseigne que : « Après le baptême, pour que l’homme entre au ciel, la prière continuelle lui est nécessaire. Sans doute, par le baptême, les péchés sont remis ; pourtant, il reste le foyer de concupiscence qui nous combat à l’intérieur, et le monde et les démons qui luttent contre nous de l’extérieur ».
Notre Seigneur a souvent insisté, durant sa vie terrestre, sur l’importance de la prière. Ne citons qu’un des nombreux textes en Luc 18, 1-7 : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et n’avait point égard aux hommes. Et il y avait dans cette ville une veuve qui venait à lui et disait : "Fais-moi justice de mon adversaire." Et pendant un temps il ne le voulait pas. Après quoi cependant il se dit en lui-même : "Encore que je ne craigne pas Dieu et que je n’aie pas égard aux hommes, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, pour qu’elle ne vienne pas me rompre la tête éternellement." Et le Seigneur dit : Écoutez ce que dit le juge inique ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient à lui nuit et jour, lui qui use de patience envers eux ? »
Ce qu’en disent les Pères de l’Église
Celui qui vous a racheté vous enseigne ici ce que vous devez faire. Il ne veut point que vous cessiez de prier, il veut que vous méditiez les bienfaits qui sont l’objet de votre prière, il veut que vous soyez redevable à la prière des grâces que sa bonté désire vous accorder. Comment pourrait-il ne pas exaucer les prières qu’on lui adresse, alors qu’il nous presse par sa miséricorde, de rendre notre prière continuelle ? Recevez donc avec amour ces exhortations du Seigneur, sa volonté doit être la règle de votre conduite dans ce qu’elle commande comme dans ce qu’elle défend. D’ailleurs considérez quel honneur vous est accordé de vous entretenir dans la prière avec Dieu et de pouvoir lui demander tout ce que vous désirez, car si vous n’entendez pas sa voix, il vous répond cependant par les bienfaits qu’il vous accorde. Il ne dédaigne point vos demandes, il n’en témoigne aucun ennui, votre silence seul lui fait peine.
Prière continuelle et attentive
Le remède à toute souffrance et aux persécutions c’est la prière. Prière qui doit être continuelle et attentive. Que veulent dire ces deux mots ?
Continuelle : Nous devons entrer dans un esprit de prière incessante, c’est-à-dire faire en sorte que la prière devienne comme le deuxième souffle du corps. De même que la respiration est pour l’homme quelque chose d’inconscient mais de nécessaire à sa vie, la prière doit nous pénétrer afin que, dans toutes nos actions, nous soyons unis sans cesse au Dieu trois fois Saint qui nous a créé et nous maintient dans l’être.
Attentive : Les actes du chrétien doivent être fait avec intelligence et volonté, avec Foi et Amour. En posant un acte encore et encore, on acquiert un réflexe, un habitus, une capacité à poser cet acte facilement, comme la musique pour celui qui a longuement répété… Il doit en être de même pour la prière. Nous devons vouloir la développer, la cultiver au point qu’elle devienne comme un réflexe.
Un exemple de prière : la prière du cœur, ou se taire pour que Dieu puisse parler
« L’oraison c’est demeurer devant Dieu dans une prière incessante. Que la mémoire de Jésus s’unisse à ta respiration et tu connaitras la valeur de la prière. » saint Isaac le Syrien (VIème siècle). Si nous cherchons à nous mettre devant Dieu qui est absolument simple et parfait, nous devons avoir avec Lui un rapport le plus simple possible. C’est le grand principe de la prière du cœur, ou appelée encore « prière de Jésus » qui a une importance particulière pour les Églises orientales, qui forme pour elle la clef de voute de sa pratique spirituelle. Dans cette prière, on répète inlassablement « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. ». Par sa simplicité, par l’attention qu’on lui porte, et par sa continuelle répétition, elle est comme un chemin qui mène à la rencontre avec Dieu. La simplicité de cette prière a par ailleurs l’avantage d’éviter la distraction et de simplifier l’esprit afin de le concentrer sur la présence de Dieu. En ce sens la prière de Jésus est parfois décrite non comme une finalité, mais comme un chemin vers la prière pure, sans parole, dans le cœur à cœur avec Dieu.