Pour se préparer à Noël - Qui est Jésus ? Trinité et Incarnation
Cardinal Charles Journet · 2019-12-01 · Introibo n°141 - décembre 2019
L’Incarnation ne s’éclaire qu’en dépendance du mystère de la Trinité. L’Être de Dieu est surabondance intérieure de Lumière et d’Amour. Initiative complètement gratuite, la création est le premier acte de libre et pur amour de Dieu. Le second c’est l’Incarnation, par laquelle le Verbe de Dieu s’unit à notre nature humaine. En ce temps de l’Avent entrons dans la contemplation de ce mystère...
Qui est Jésus ?
Qui est Jésus ? demande-t-on au catéchisme aux petits enfants. Et ils répondent avec leurs lèvres et leur cœur : il est le Fils de Dieu fait homme. Et si l’on ajoute : Depuis quand existe Jésus? Voilà qu’ils vont se troubler. Ils vont répondre : depuis l’Incarnation, depuis deux mille ans. Ce n’est pas faux, ce n’est pas juste non plus, c’est une demi-vérité (c’est vrai qu’un carré a deux côtés...) Changeons la question et demandons : Jésus était-il Dieu ? — Oui ! — Et depuis quand Dieu existe-t-il ? — Depuis toujours ! — Alors, de ce point de vue, c’est depuis toujours que Jésus existe ? Comment dès lors sauver toute vérité concernant Jésus sinon en confessant que le même et unique Jésus existe comme homme depuis deux mille ans, et comme Dieu depuis toujours. Et l’on aura du coup rejoint la sublime révélation de l’Évangile : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, JE SUIS » (Jn 8, 58). Voyant Jésus venir à lui, le Baptiste avait dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. C’est lui dont j’ai dit : Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il existait avant moi » (Jn 1, 30). Si l’on ne dit pas ces choses aux enfants s’ils ne les mémorisent pas dès le temps du catéchisme, ils seront plus tard emportés comme des feuilles mortes par tous les vents d’erreur qui passent sur le monde.
Rapport des mystères de la Trinité et de l’Incarnation
Le mystère de la Trinité est le mystère d’un Dieu unique en trois personnes distinctes : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt, fin). Une personne, c’est un moi, un je, un sujet, un quelqu’un qui peut penser et aimer. Les trois personnes divines possèdent ensemble, sans la diviser, la même unique existence divine, la même unique nature divine, la même unique vie divine, elles pensent par la même unique pensée divine, elles aiment par le même unique amour divin.
Le mystère de l’Incarnation est le mystère du Fils de Dieu fait homme. Il est vrai Dieu, possédant depuis toujours la nature, la vie divine ; et vrai homme, faisant sienne, dès l’instant de l’Incarnation, une nature, une vie humaine. Il noue en sa personne divine, en les laissant toutes deux intactes, toutes deux inaltérées, deux substances, deux natures, deux vies, l’une infinie, l’autre finie; voilà les deux natures unies, nouées en une seule personne. C’est ce que signifieront les mots d’union personnelle ou hypostatique (hypostase, en grec, signifie personne). Jésus est consubstantiel à nous selon sa nature humaine. Trois personnes en une seule nature, c’était tout à l’heure le mystère trinitaire ; deux natures, mais inégales, en une seule personne divine, voilà maintenant le mystère de l’Incarnation, le mystère de Jésus.
Jésus est égal au Père selon sa condition divine. « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11, 27). « Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10, 30). « Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ! Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment dis-tu : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? » (Jn 14, 8-10). Et Jésus est égal à nous selon sa condition humaine, étant devenu semblable à nous, « s’étant humilié et rendu obéissant jusqu’à la mort sur une croix » (Ph 2, 8) ; c’est selon cette « condition d’esclave » qu’il pourra dire avant de mourir : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père parce que le Père est plus grand que moi » (Jean 1 4, 28), et dans la détresse de son agonie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34).
Charles Journet, in Entretiens sur l’Incarnation