La Pénitence

Abbé Vianney Savy, FSSP · 2020-03-01 · Introibo n°144 — mars 2020

Pour bien profiter de ce temps du Carême

C’est par ces mots que saint Pierre s’adresse aux juifs après la Passion et la Résurrection de Notre-Seigneur. C’est par ces mots que l’apôtre invite ses auditeurs à revenir à Dieu en pratiquant assidûment la pénitence afin d’être purifiés de tout péché.

Et c’est le même langage que l'Église tient à tous les pécheurs qui, conscients de la gravité de leurs péchés, désirent revenir sincèrement à Dieu.

Combien parmi nous sont bien plus coupables que les Juifs ou les Romains de l’époque de Notre- Seigneur ? Ceux-ci ont fait mourir Jésus-Christ surtout par ignorance ! Combien parmi nous ont renié et condamné Jésus-Christ à mort en méprisant sa parole sainte, en profanant ses mystères, en omettant leurs devoirs, en abandonnant les sacrements ou en oubliant Dieu et le salut de leur pauvre âme.

La raison d’être de la pénitence

Depuis la chute de nos premiers parents, tous les sens de l’homme sont révoltés contre la raison. Et c’est à cause de cela que nous « faisons le mal que nous ne voulons pas faire ». Si nous voulons que la chair soit à nouveau soumise à l’esprit et à la raison, si nous voulons que notre corps ne fasse pas la guerre à notre âme, nous devons nous mortifier, nous devons mortifier notre corps, notre âme et ses puissances (intelligence et volonté).

De plus, par la pénitence, nous avons la possibilité d’expier nos péchés, c’est-à-dire de satisfaire à la justice de Dieu. C’est par la pénitence que nous méritons de nouvelles grâces afin de persévérer dans la vertu. Comme le dit St Augustin : « si nous ne voulons pas que Dieu nous punisse, punissons-nous nous-même ».

Pourquoi est-ce si difficile ?

Nous n’avons que peu d’attrait pour cet exercice pourtant si utile et nécessaire à notre salut. Peut-être est-ce parce que nous ne connaissons pas vraiment, ni les outrages que le péché fait à Jésus-Christ, ni les maux qui nous sont préparés pour l’éternité.

Bien que nous soyons convaincus qu’il nous faille faire pénitence, nous avons tendance à la repousser à plus tard. Mais qui contrôle le temps ? Qui est le Maître de nos vies ? C’est de la pure folie que de penser que nous pouvons toujours repousser à plus tard le moment de notre conversion.

Car pénitence rime avec conversion. C’est en faisant pénitence que l’homme se tourne à nouveau vers Celui que le péché avait chassé de son âme.

Les manifestations de la pénitence

Si la pénitence se manifeste d’abord à l’extérieur, il ne faut pas oublier que le fondement de la pénitence c’est un cœur contrit, c’est la volonté de revenir vers le Bon Dieu, en un mot : c’est la pénitence intérieure. Que notre péché soit toujours devant nous afin que, le voyant, nous pleurions amèrement nos fautes et qu’elles soient comme le moteur de nos bonnes actions.

Mais sans des œuvres de pénitence effectives, la pénitence intérieure ne peut suffire. En ce sens, l’Écriture Sainte, les Pères de l’Église, toute la Tradition reconnaissent trois formes principales de pénitence : le jeûne, la prière et l’aumône.

La pratique du jeûne : comme l’Évangile nous l’enseigne, cette pratique fut suivie par Notre Seigneur au début de sa vie publique lorsqu’il partit dans le désert 40 jours pour jeûner et prier. Originellement il s’agit d’une privation concernant la nourriture. Mais il est bien sûr possible de « décliner » le jeûne dans l’abstinence d’alcool, de films, et pourquoi pas, dans notre société ultra connectée, d’abstinence d’écrans ou d’internet.

La pratique de la prière : comme on le voit encore dans les Évangiles, la prière fit partie intégrante de la vie du Christ. Par là l’homme reconnait sa radicale dépendance vis-à-vis de Dieu. Si l’acte de prier consiste avant tout à se mettre en la présence de Dieu, et à placer ses actions et sa vie sous son regard, on peut également considérer quelques actions concrètes plus particulières : la prière en famille, un temps de prière personnelle, aller à la messe en semaine, réciter le chapelet, … Les manières de prier sont nombreuses et diverses, à nous de prendre celle qui nous convient le mieux pour vivre plus intensément notre adoption divine.

La pratique de l’aumône : elle est une œuvre de miséricorde vis-à-vis de notre prochain. Comme le dit l’Évangile, ce ne sont pas ceux qui auront dit « Seigneur, Seigneur ! » qui seront sauvés, mais ceux qui auront fait la volonté de Notre Père céleste. Or Dieu nous indique quel est le chemin obligé : ouvrir son cœur aux besoins matériels et spirituels des nécessiteux, de ceux qui souffrent. Lorsqu’il viendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, le Christ appellera à lui ceux qui ont pratiqué la miséricorde : donné à manger, à boire, accueilli les étrangers, visité les prisonniers... Et il rejettera – les paroles sont dures – ceux qui ont fermé leur cœur au prochain.

Le Carême : temps de pénitence

Le Carême a toujours été considéré dans l’Église comme le temps par excellence pour faire pénitence, pour se préparer au mystère Pascal, pour pouvoir profiter au mieux des grâces qui coulent du côté transpercé de Notre-Seigneur.

Afin de bien profiter de ce temps de conversion qui nous est donné, prenons de fermes résolutions. Engageons-nous sur le chemin pénitentiel avec un cœur léger et joyeux, dans l’attente de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur.