Mois de novembre
Abbé Pierre-Emmanuel Bonnin, FSSP · 2020-11-01 · Introibo 149 - novembre 2020
prière pour les défunts
A l’occasion du mois de novembre et des prières pour les défunts, en pensant à un être cher qui a quitté cette vie et qui continue de nous manquer terriblement ou en entendant chaque jour dans les médias le nombre de morts suite à l'épidémie qui reprend de plus belle, la tristesse ou même un sentiment de révolte peuvent nous saisir.
Tentation du désespoir… incompréhension face à la mort d’un être cher. Pourquoi Dieu a-t-il permis cela ?
La foi en Dieu ne rend pas la réponse à cette question plus facile. La foi en Dieu ne supprime pas la douleur. La foi en Dieu ne supprime pas l’absence. Mais les larmes du Christ à la mort de Lazare et sur la ruine à venir de Jérusalem viennent nous rassurer. Car si les actes du Christ sont exemplaires, alors ses larmes le sont également. Jésus a pleuré pour nous apprendre à pleurer.
Mais après avoir pleuré, après avoir subi cette douleur qui nous parait insoutenable, l’Eglise vient sécher nos larmes. Et avec une confiance tranquille, elle nous rappelle que si nous devons mourir, ce n’est pas pour sombrer dans le néant. Elle nous rappelle qu’il nous faut mourir pour entrer dans la vraie vie ; qu’il nous faut mourir pour voir dans la pleine lumière ; qu’il nous faut mourir pour aimer dans une joie de plénitude.
Mourir pour vivre
Il nous faut mourir pour vivre, car notre existence est mortelle : elle ne peut donc pas nous assurer une vie éternelle. Et si Dieu n’a pas créé la mort (qui est entrée dans le monde par le péché), il nous montre qu’elle est ordonnée à la Vie : « Qui croit en moi, fut-il mort, vivra » (Jn 11,25). Le Christ qui a ressuscité le jeune homme de Naïm, la petite fille de Jaïre, son ami Lazare, et qui s’est lui-même échappé du tombeau, nous montre que la mort est mise en échec. Ainsi, à l’exemple du Christ et avec sa grâce, nous pouvons nous arracher du vieil homme de douleur et nous revêtir de l’homme nouveau. Nous pouvons mourir à la tristesse pour renaitre à la joie. Nous pouvons nous extirper du désespoir pour nous tourner vers l’espérance d’une vie éternelle. Alors ce corps périssable sera à jamais glorifié.
Mourir pour voir dans la lumière
Il nous faut mourir pour voir. Ici-bas nous cheminons à tâtons, bien souvent nous sommes dans l’obscurité et nous aimerions avoir ce regard humain de l’évidence sur Dieu. Mais pour contempler Dieu au ciel, il faut forcément que nos yeux se ferment aux beautés du monde pour s’ouvrir aux splendeurs du Royaume des cieux. Saint Irénée disait que « Si la gloire de Dieu c’est l’homme vivant, la gloire de l’homme c’est la vision de Dieu ». Et Sainte Catherine de Gênes d’ajouter : « Lorsque je vois mourir une personne, je me dis : Oh que de choses nouvelles, grandes et extrêmes, elle est sur le point de voir ».
Mourir pour aimer dans une joie de plénitude
Enfin s’il nous faut mourir, c’est pour aimer dans la joie. Nous savons bien que pour aimer l’autre véritablement, il faut d’une certaine manière mourir à soi-même. Pour aimer en vérité, il faut renoncer à notre part d’amour-propre. La preuve que Dieu nous aime, écrit Saint Paul, c’est que le Christ est mort pour nous (Rm 5,8). A partir du moment où nous avons compris que Dieu nous a aimés par le don de toute sa vie, nous ne pouvons l’aimer, en retour, que par le don de toute la nôtre.
Alors ?
Alors à l’absolu du don du Christ, par amour pour nous, la mort nous offre l’occasion de répondre par la totalité de notre abandon. Non, Dieu ne se réjouit pas de la mort de ses amis, de la mort de nos proches. Mais dans le plus grand dénuement, dans la plus grande douleur, si nous arrivons à ne pas subir la mort mais à l’offrir à Dieu, alors nous pourrons lui dire en vérité que nous l’aimons de toute notre âme, de tout notre cœur, de tout notre esprit, et de tout notre corps.
Demain dès l’aube, ou les jours prochains vous irez peut-être sur les tombes de vos proches. Mais après avoir passé la porte du cimetière, n’oubliez pas de porter dans vos prières les âmes des fidèles défunts que plus personne ne vient visiter. Priez pour ceux dont on n’arrive à peine à lire le nom sur la pierre tombale. Priez pour ceux dont la sépulture n’a pas vu un bouquet de fleurs depuis des dizaines d’années. Priez pour ces âmes oubliées. Pour ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces prêtres dont vous lirez les noms, mais que le monde actuel a oublié, et dont l’âme n’attend peut-être que votre seule prière pour rejoindre le bon Dieu.
Arrivé sur la tombe de vos proches, le cœur chargé de souvenir, confiant en la miséricorde et la bonté de Dieu, vous leur déposerez une couronne de rosaire, la célébration d’une messe, une intention de prière qui ne faiblit pas. Alors vous aurez peut-être cette joie de savoir que vous les avez vraiment aidés, et que vous les retrouverez dans le cœur de Dieu. Et peut-être même qu’avant de partir, vous déposerez sur la tombe, un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.