Noël à nos portes — Il arrive ce Dieu d’amour !

Abbé Vianney Savy, FSSP · 2020-12-01 · Introibo n°150 — décembre 2020

La nuit est tombée. Dans l’obscurité et le froid trois ombres s’avancent. Petit à petit on parvient à les distinguer. Tout d’abord vient un homme dans la force de l’âge, Joseph, c’est son nom. Il a le regard clair et alerte, il le faut bien, il guide la marche et scrute la route. Il ne voudrait pas faire chuter son précieux chargement sur une pierre ou dans une ornière. Malgré tout il a l’air soucieux… Quelque chose le préoccupe… mais quoi ? C’est que son épouse est enceinte et le terme est pour bientôt. Oh bien sûr ! il aurait préféré rester chez lui pour accueillir au mieux ce petit être fragile et innocent qui allait bientôt naitre. Mais l’occupant romain a décrété un grand recensement de la population de tout l’Empire. Aussi n’a-t-il pas eu le choix. Il lui fallait partir à Bethléem de Juda avec sa femme. Il ne sait pas s’il arrivera à atteindre la petite ville de Bethléem avant, et même s’ils l’atteignent, trouveront-ils encore un endroit où dormir, acceptera-t-on de les recevoir et de les héberger ? Laissons-le à ses pensées et portons nos regards derrière lui, sur son si précieux chargement. Sur l’âne qu’il tire est assise une belle jeune fille. C’est son épouse, Marie. Elle a les traits tirés par la fatigue. Cela ne doit pas être si commode de se faire porter par un âne quand on est enceinte. Pourtant son regard est calme, ses yeux sont mi-clos, presque fermés. Elle repense à ce jour où un ange lui est apparu pour lui annoncer qu’elle, l’humble servante du Seigneur, allait porter et mettre au monde le Fils même de Dieu, le sauveur du genre humain annoncé par les prophètes. Elle est heureuse d’apporter au monde la véritable lumière. Elle est saisie, transportée par cet amour divin, par celui qui, par amour pour sa créature, a accepté de se faire l’un d’entre eux, de devenir presque rien. Pourtant elle ne peut s’empêcher de se demander si les hommes le recevront comme elle l’a reçu.

Mais voilà que la ville est enfin en vue. Dans quelques instants ils arriveront et pourront enfin se mettre à l’abri du froid qui devient de plus en plus mordant. Les voilà qui frappent à la première auberge… mais non, il n’y a pas de place pour eux. Et l’enfant qui arrive. Ce n’est pas grave, il y’en a une autre un peu plus loin. Ils redemandent… toujours pas de place. Et l’enfant qui arrive. Chez l’habitant peut être ? Non, décidément on ne veut pas d’eux. Et l’enfant qui arrive.

Pas de maison, personne ne semble vouloir les héberger. Toutes les demeures sont pleines manifestement. Pleines de monde et surtout pleine de bruit et de vacarme. Remplies de l’esprit du monde… Finalement se dit Joseph, ce n’était peut-être pas le meilleur endroit pour y faire dormir une Vierge sainte et son divin enfant. Marie quant à elle souffre en silence : avant même que son fils ne soit né, déjà il est rejeté, qu’est ce qui peut bien l’attendre après ?

Mais il faut bien trouver un endroit pour que cet enfant vienne au monde. Il semble qu’il y’a au loin une étable, cela serait le lieu idéal. Ils s’approchent, de plus en plus fatigués… Pourvu qu’elle soit vide, pourvu qu’une fois de plus on ne les chasse pas… Non, cette fois-ci il n’y a qu’un pauvre bœuf fatigué, que le froid empêche de dormir. Enfin, ils ont fini par trouver. Il était temps, l’enfant Dieu arrive.

Loin des bruits du monde, dans le silence de la nuit, entouré de Marie et Joseph, de ceux qui l’aiment vraiment et qui l’attendent véritablement, Notre Dieu va naître.

Nous voici à quelques jours de la Nativité, de cette douce nuit : regardons ce que nous avons déjà fait pour nous préparer à sa venue, et ce que nous pouvons encore faire avant qu’il ne soit trop tard. Il arrive ce Dieu de consolation. Il arrive ce Dieu d’amour !

Refuserons-nous à notre Dieu de faire sa demeure en nos cœurs car le monde le remplit déjà, à l’image des habitants de Bethléem ? Resterons-nous insensibles et froids devant un si grand et si profond mystère, à l’image de ce froid qui éprouva la sainte famille en cette sainte nuit ?

Ou bien accueillerons-nous Notre-Seigneur, simplement, sans trop comprendre peut-être, mais avec chaleur et amour,  comme le bœuf le fit ?  Viendrons-nous pleins de joie à la messe de la Nativité afin de nous réjouir avec le Ciel d’un si grand don comme le firent les bergers venant adorer l’enfant Roi ? Chanterons-nous les louanges de Dieu en nous unissant au « Gloria in excelsis Deo » angélique ?