Saint Joseph

Abbé Stefan Reiner, FSSP · 2021-03-01 · Introibo n°153 — mars 2021

Modèle de simplicité

Quand nous disons d’une personne qu’elle est « simple », nous voulons dire habituellement qu’il s’agit d’une personne naïve et même peut-être un peu limitée et « simple d’esprit ». Pourtant, si nous ouvrons le Catéchisme, nous y découvrirons que l’un des attributs de Dieu est sa simplicité. Comme chrétien, nous croyons en la Sainte Trinité, ce grand mystère qui semble parfois très compliqué d’un Dieu unique en trois Personnes. L’Être de Dieu est parfaitement simple, sans conflit ni contradiction. Dieu n’agit pas une fois de manière juste, une autre fois de manière miséricordieuse, et une autre fois avec amour, mais dans un seul et même acte, toujours avec perfection et unité… simplement. On voit donc qu’en théologie le terme « simple » doit être compris dans un sens plus large et plus profond que dans l’usage courant.

En ce sens, une caractéristique remarquable de saint Joseph est sa simplicité. Et cette simplicité n’est précisément pas quelque chose de négatif, mais une distinction spéciale de saint Joseph, comme une marque de noblesse parmi ses nombreuses autres qualités. La Sainte Écriture ne nous dit que bien peu de choses sur saint Joseph. Mais là où il est question de lui, sa merveilleuse simplicité y apparait toujours.

Reconnaissons que bien souvent cette simplicité a disparu de nos existences nous avons tendance à transformer les choses les plus simples en des problèmes quand nous disons d’une personne qu’elle est « simple », nous voulons insurmontables, en même temps que nous passons sans réfléchir sur des questions importantes comme si elles n’étaient que des bagatelles. Ainsi, par exemple, nous nous inquiétons beaucoup pour l’avenir alors que la plupart des paramètres ne dépendent pas de nous et que nos pensées ne sont que de pures hypothèses imaginaires. Mais en même temps, lorsqu’il faudrait agir simplement nous sommes parfois complètement paralysés, accordant une importance démesurée à ce que les autres vont penser de nous. Tous, nous manquons de simplicité et avons perdu cette spontanéité qui caractérise l’enfant. Saint Joseph, en revanche, semble traverser les plus grandes difficultés presque sans effort car il se distingue par sa simplicité. Celle-ci est particulièrement visible dans sa confiance sans limite en la Providence divine. Une fois qu’il a entendu l’ordre divin, il n’y a plus aucun doute dans son esprit. Il agit avec le naturel d’un enfant qui accomplit volontiers le commandement du Père. Cette simplicité ne doit pas être confondue avec de la stupidité ou de la naïveté, car une intelligence élevée ou une excellente éducation ne font pas obstacle à cette simplicité. De nombreux saints avaient une très haute vie spirituelle ou une connaissance théologique immense, tout en restant des gens très simples. Thomas d’Aquin, dont les travaux théologiques constituent, ou du moins devraient constituer, le fondement le plus important de toute réflexion théologique, était de ceux-ci. Après sa mort, son confesseur aurait dit, sans briser en cela le secret de la confession, que ses confessions étaient comme celles d’un petit garçon. Pourtant saint Thomas n’avait rien d’un simplet, mais il était profondément simple et en cela il était comme le mystère de Dieu qu’il s’efforçait de connaître.

Une foi forte est donc la condition fondamentale d’une telle simplicité et nous la voyons briller chez saint Joseph dans des couleurs splendides. Comme un enfant, il entend les paroles de Dieu et, obéissant à la volonté divine, ses actions ont une merveilleuse légèreté car elles sont réalisées dans une profonde confiance et foi en Dieu.

Un autre aspect de cette simplicité de saint Joseph doit être relevé. En ce qui nous concerne, nos intentions sont souvent complexes et même contradictoires. Si nous nous efforçons de faire quelque chose de bien, d’autres motifs moins louables se mêlent rapidement à notre première bonne intention, au point de parfois la changer complètement. Par exemple, lorsque nous jeûnons pendant le Carême, nous pouvons facilement perdre de vue l’aspect d’une pénitence pour Dieu et considérer notre jeûne comme une performance ou même pire, comme le moyen idéal pour perdre du poids par narcissisme. Ou bien, lorsque nous prions à l’église, n’avons-nous pas parfois tendance à y rester plus longtemps ou à témoigner d’une dévotion bien visible lorsque nous savons que d’autres personnes nous regardent ? Tout cela est un manque de simplicité, un manque de sincérité.

Là encore, nous voyons en saint Joseph un magnifique exemple de simplicité. Il ne s’intéresse qu’à la gloire de Dieu, à l’honneur de Marie, sa si chère épouse, à la protection et à la dignité de l’Enfant divin. Il n’y a aucune trace d’arrogance ou de présomption en raison de sa position particulière, mais une humilité et un silence prononcés. Seuls quelques chapitres de l’Écriture Sainte sont consacrés au père nourricier de Jésus-Christ, et pourtant Joseph est cet homme auquel Dieu lui-même s’est soumis dans l’obéis-- nous sance pendant trente ans de sa vie terrestre. Si saint Joseph est un si grand intercesseur au Ciel, c’est bien parce que Jésus, comme enfant, n’a pas seulement fait confiance à Joseph tout au long de sa vie à Nazareth, mais parce que saint Joseph a rempli son rôle avec la plus belle et la plus merveilleuse simplicité.

Ayons recours à saint Joseph dans toutes nos peines et nos difficultés personnelles, tournons-nous vers lui dans toutes nos inquiétudes et angoisses pour nos familles, confions-lui les besoins de l’Église, et imitons sa simplicité enfantine, certains que Dieu prendra soin de nous.