La dévotion au Sacré-Cœur
Abbé Stefan Reiner, FSSP · 2021-06-01 · Introibo n°156 — juin 2021
Dieu nous montre visiblement son amour
Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes et pour toi en particulier que, ne pouvant plus contenir les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen. » Jésus à sainte Marguerite-Marie, le 27 décembre 1673
Dans la vie spirituelle, un danger nous guette tous avec le temps : que nos actes de piété, ou certaines expressions de vénération et d'adoration envers Dieu, deviennent superficiels et posés par simple formalisme. Que notre prière ne soit plus qu’extérieure, privée d’une véritable intériorité. Les traditions, aussi importantes et bonnes soient-elles, peuvent devenir des habitudes qui, si elles continuent à sembler belles et bonnes de l'extérieur, ne sont plus remplies du feu intérieur qui les a vu naitre.
Une dévotion en particulier peut nous aider à lutter contre cela et à approfondir notre piété : c'est la vénération du Sacré-Cœur qui nous fait tourner nos regards vers le cœur transpercé de Notre-Seigneur crucifié et met dans nos bouches ces mots : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes ». L'adoration et la vénération du Sacré-Cœur consistent essentiellement à nous introduire dans l'intériorité de la foi et de la religion, afin que, comme l'écrit saint Paul, nous puissions comprendre, avec tous les saints, la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur de l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance. (Ep 3, 18)
Le rapport de Dieu envers les hommes n'est pas seulement celui d’un Maître tout-puissant qui se révèlerait à eux par des paroles terribles et leur montrerait le bon chemin par des ordres et des commandements. Mais Dieu lui-même est venu dans le monde, non seulement pour pouvoir en personne enseigner les hommes, mais surtout pour leur montrer visiblement son amour, qui va jusqu'à l'extrême, jusqu'à la mort sur une croix.
Aujourd'hui surtout, il semble plus important que jamais de montrer à nos contemporains que la raison et la foi ne sont pas opposées, mais que la foi s’harmonise avec une saine raison. Mais il nous faut aussi témoigner que l'amour du Christ dépasse la connaissance que l’homme peut en avoir et ne peut être véritablement saisi qu'avec le cœur. C’est dans ce cœur que le Christ veut habiter par la foi, afin que nous soyons fermement enracinés et fondés dans l'amour, comme l'écrit aussi saint Paul. (cf. Ep 3, 17) Ainsi, autant il faut souligner le caractère raisonnable de la foi, autant il ne faut pas réduire la foi à la capacité de connaissance de l'homme. Nous en avons fait l'expérience, par exemple, dans le rationalisme du XVIIIe siècle, époque au cours de laquelle la religion a dégénéré en une foi sèche et sans cœur en Dieu et finalement en un culte incolore rendu à « l'Être suprême ». C'est justement à cette époque, comme antidote à cette aberration, que la dévotion au Sacré-Cœur a pris une nouvelle importance dans l'Église, rappelant à l'homme que son esprit doit être relié à son cœur. Il fallait comprendre à nouveau que Dieu s'adresse non seulement à l'esprit et à l’intelligence de l'homme, mais plus encore à son cœur lorsqu'il dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu », non seulement avec l'esprit et l’intelligence, mais « de tout ton cœur et de toute ta force », c’est-à-dire avec l'esprit, la volonté et le cœur. (cf. Lc 10, 27)
Aujourd'hui, bien des réformes et des changements dans l’Église catholique sont demandés au nom de la raison et semblent s’imposer à l’intelligence de toute personne raisonnable et éclairée pour qu’enfin le catholicisme se « mette à la page ». Ainsi on évoque la suppression du célibat des prêtres, l’institution du sacerdoce des femmes, l'admission de tous à la communion, qu'ils soient catholiques ou non, qu'ils soient croyants ou non, qu'ils vivent dans un état de péché grave ou non. De telles demandes semblent toutes « raisonnables » à nos contemporains, car au 21e siècle, dans la société éclairée qui est la nôtre, qui peut prétendre vivre chastement ? Qui peut raisonnablement refuser la prêtrise à une femme ? Mais, dans toutes ces demandes, où est la référence à Dieu ? Qui se soucie de ce que le Seigneur veut pour son Église ? Qui cherche encore à comprendre que l'homme ne peut pas tout changer dans l'Église, même s'il pense sincèrement que c’est « pour le bien de l'Église » ? N’est-ce pas plutôt agir contre la volonté de Dieu, la volonté de Jésus-Christ sur son Église ?
De telles dérives n'existeraient pas si la foi n'était pas devenue pour beaucoup un catalogue en constante évolution selon les sentiments du moment, mais était toujours une véritable affaire « de cœur ». À savoir, dans la mesure où notre cœur demeurerait brûlant d’amour pour notre Seigneur et où nous orienterions tout, dans l'Église, vers Lui, vers son culte, son adoration et la fidélité à sa seule volonté. L'homme doit fixer son cœur en Dieu et ne pas le laisser au niveau humain. Ce n'est que lorsque notre cœur brûle pour notre Seigneur et Sauveur qu'il y a une véritable ardeur de la foi. Ceux qui veulent imposer dans l’Église leurs propres idées, dans une désobéissance ouverte à son enseignement pérenne, ne sont plus portés par cette ardeur authentique d'un cœur croyant, mais se laissent guider par une raison soi-disant éclairée qui se soumet en fait à l’esprit du temps. Ce n'est pas là la vraie liberté, mais la soumission aux dictats de notre époque.
Ainsi, aujourd'hui plus que jamais, il est nécessaire de se consacrer de manière particulière au Sacré-Cœur. Renouveler l'ardeur de sa foi et offrir au Seigneur son expiation pour tous les maux dont souffre l'Église aujourd'hui. Donnons une nouvelle ardeur à notre vie intérieure en levant les yeux vers le Sacré-Cœur transpercé ; regardons le Crucifié et entendons-le nous dire : « Voici le Cœur qui aime tant les hommes » qu'il n'a rien épargné pour se sacrifier et s'épuiser en démonstrations d'amour.
Et si nous comprenons, avec tous les saints, la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur de l'amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, l’amour visible du cœur de Jésus nous révélera la grandeur invisible et l'infinité de la Trinité, que nous pourrons un jour contempler face à face dans l'éternité.