Temps de l’Avent
Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2021-12-01 · Introibo n°161 — décembre 2021
« Redressez-vous et levez la tête, car votre délivrance approche. »
Ces mots, cités dans l’Évangile du premier dimanche de l’Avent, Notre-Seigneur les a prononcés pour évoquer son retour glorieux à la fin des temps. Mais l’Église va à son tour les utiliser pour exprimer l’attente du Messie pendant ce temps de l’Avent dans lequel nous sommes maintenant entrés. Cette phrase servira même d’antienne pour les 1ères Vêpres de Noël, le 24 décembre au soir. Ainsi, en ce temps liturgique, l’Église met en parallèle les deux venues du Seigneur : la première, à Noël, par son Incarnation, sa venue pleine d’humilité, pour nous donner le salut ; la dernière, à la fin des temps, lors de son retour glorieux, pour juger les vivants et les morts. Sans doute le Sauveur est venu, mais nous l’attendons encore, voici tout le message de ce temps de l’Avent.
Pour nous-mêmes et pour notre temps
Tout d’abord nous attendons la venue du Sauveur pour nous-mêmes, pour notre temps. Cette année encore, par la grâce, le Christ veut venir en nous. Il veut naître en nos cœurs et y opérer son œuvre de salut. Comme l’écrit saint Paul aux Romains : « le salut est tout proche de nous ». Il faut nous préparer à la venue du Sauveur en « rejetant les œuvres de ténèbres (…) l’inconduite, les disputes, la jalousie. » Il faut « nous revêtir des armes de lumière », nous revêtir « du Seigneur Jésus-Christ » lui-même. Les fêtes liturgiques actualisent chaque année le mystère qu’elles célèbrent et deviennent pour nous sources de grâces spéciales et différentes.
Ainsi, à Noël, fête de l’Incarnation, de la naissance du sauveur dans la crèche, le Christ veut venir naître, habiter, en nous. Cette grâce, nous ne pourrons la recevoir que dans la mesure où nous l’aurons désirée, demandée, dans la mesure où nous nous serons préparés à cette fête de la Nativité. Le temps de l’Avent qui s’ouvre est donc un temps de conversion, un temps de pénitence, tel que le prêchaient le prophète Isaïe et saint Jean-Baptiste. Ces deux grandes figures ont prêché avec fougue – radicalement – la venue du Seigneur. Le premier, Isaïe, annonce huit siècles à l’avance l’Incarnation : la naissance virginale du Messie, sa divinité, ses miracles, ses souffrances et sa mort. Il prêche la pénitence avec une entière liberté et dans les termes les plus vifs, reprochant au peuple hébreu ses fautes et son ingratitude envers Dieu. Le second, saint Jean-Baptiste, quant à lui, annonce, juste avant le début de la vie publique de Jésus, la Rédemption, ce salut que l’agneau de Dieu va opérer par sa mort. Il supplie ses contemporains de se convertir, d’aplanir les sentiers pour la venue du Sauveur, de changer de vie.
A la fin des temps, par-delà toutes les générations
Mais l’Église propose également à notre méditation durant l’Avent la seconde venue de Jésus dans la gloire à la fin des temps. Si le Christ va venir cette année encore par sa grâce dans quelques semaines à Noël, il reviendra un jour dans la gloire ; cette venue du Fils de Dieu sera la dernière, elle sera l’achèvement de la prédication du Messie. Les théologiens l’appellent la Parousie (mot qui signifie en grec avènement). En ce temps de l’Avent (qui vient du même mot avènement mais en latin cette fois), l’attente de l’Église est donc également celle de l’Avènement définitif de son Roi. Tous nous désirons et nous souhaitons ce bonheur sans fin, ce Bien infini que la victoire du Christ lors de la Parousie établira pour toujours… mais trop souvent nous nous trompons de bien et nous plaçons ici-bas notre finalité. « Redressez-vous et levez la tête, nous dit Jésus, car votre délivrance approche. » Oui, redressons-nous ! Tournons notre regard vers le ciel, désirons cette venue du Seigneur, son retour, sa victoire définitive. Désirons la fin des temps ! Ce jour là, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude, les justes règneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé. Alors l’Église sera consommée dans la gloire céleste ; avec le genre humain, tout l’univers trouvera dans le Christ sa définitive perfection.
Que cet Avent soit donc un temps d’ardent désir, un temps d’attente : attente de la venue de Jésus en nos âmes dans quelques semaines à Noël ; attente de son avènement au dernier jour et de son règne pour les siècles des siècles.