Accourez fidèles…

Abbé Vianney Savy, FSSP · 2022-01-01 · Introibo n°162 — janvier 2022

« Or, comme ils étaient là, furent accomplis les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils, le premier-né et elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » Lc 2, 6

 « Embrassons pieusement ce Dieu devenu pauvre pour nous et couché sur la paille ; Quand il nous aime ainsi, comment ne pas l’aimer à notre tour ? »

Adeste fideles 

Jésus nait dans une étable à Bethléem. Pas de coussin moelleux, pas de couverture chaude, mais seulement de la paille. Alors, sa tendre Mère amasse un petit tas de paille dans une mangeoire et couche le divin Enfant dessus. Contemplons l’abaissement de notre Dieu : Lui, le Roi des rois, créateur de toutes choses, qui mérite toute adoration de notre part, accepte de se laisser déposer dans une simple mangeoire, couché sur un lit de paille.

Le lit de paille

N’est ce pas le symbole par excellence de la pauvreté ? Au lieu d’un lit d’apparat, à la place de couverture chaude, de draps douillets, de coussins profonds, le Verbe de Dieu choisit pour s’endormir, un simple lit de paille…

N’oublions pas qu’en vertu de l’union hypostatique, la sensibilité de l’enfant-Dieu était extrême ! Il ressentait dans ses sens tous ce que nous ressentons nous-mêmes, mais d’une manière ô combien éminente : la joie, la paix, le bonheur ; les caresses et les câlins que la Sainte Vierge lui donnait ; mais aussi la peine, la fatigue, la douleur ; ainsi que toutes les souffrances que ses sens pouvaient lui procurer : le froid, la rudesse de la mangeoire, l’odeur des animaux, et l’inconfort de la paille… Quel est l’enfant, même parmi les plus pauvres gens, qui en naissant est réduit à être couché sur de la paille ? Saint Alphonse de Liguori dans ses « Méditations sur Noël » a écrit « la paille est le lit propre des animaux et le fils de Dieu n’aura pas sur la terre d’autre couche qu’une vile paille ! ».

On raconte qu’un jour, saint François d’Assise, étant assis à table et entendant le récit de la Nativité s’écria « Comment ? Mon Seigneur est sur la paille et je suis moi-même sur un siège ? » et se levant il finit son repas à même le sol.

Notre-Dame déposa ainsi son fils, le Fils sur un lit si douloureux. A la vérité, personne ne peut y répondre. Mais nous pouvons tenter malgré tout d’expliquer un tel mystère en disant que, comme l’Homme s’est perdu par ses sens, il fallut que le nouvel Adam relevât l’humanité déchue par l’amour des souffrances : la croix est déjà dans l’ombre de la crèche ! Jésus voulut, dès sa naissance, endurer les douleurs les plus gênantes que puisse subir un petit enfant ; on peut donc penser qu’il inspira à sa tendre Mère de le passer, de ses bras délicats, à cette inconfortable couche, afin de mieux sentir ainsi le froid de la grotte et les piqûres de la paille.

La mangeoire

Et non seulement le Christ a voulu ce lit de douleur en préfiguration du supplice de la flagellation qu’il subirait plus tard, mais il a également voulu être couché dans la mangeoire de la crèche. Il y a ici plus qu’un signe ! Nous le savons, nous le vivons à la messe, Jésus a voulu se faire nourriture « qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie en lui ». Déjà il prend la place de la nourriture dans l’étable, et s’endormant dans la mangeoire il nous montre à quel degré d’amour il nous aime. Qui ne verrait dans l’hostie la même humilité, la même simplicité divine ? Dieu devint ce nourrisson dans la crèche et il se fait hostie, pain vivant descendu du ciel à chaque messe célébrée sur cette terre. Dieu voulut naitre dans une pauvre étable, se faire déposer dans une mangeoire sur un lit de paille, et il accepta de venir parmi nous, au milieu de ce monde qui bien souvent le déteste ou l’ignore, il condescend à venir en nous, hommes pécheurs. Dieu voulut s’unir à notre pauvre nature humaine afin de la relever, de lui rendre sa noblesse perdue par le péché de nos premiers parents.

Ce que nous contemplons à la crèche, ce n’est pas simplement la pauvreté et la simplicité d’une famille, ce n’est pas simplement la beauté d’un nouveau-né endormi, ce n’est pas simplement un touchant tableau ; mais c’est l’abaissement d’un Dieu qui prend cette nature humaine passible et mortelle par amour pour nous, c’est la simplicité d’un Dieu qui se démet de sa gloire et de sa puissance pour venir jusqu’à nous, c’est l’affliction d’un Dieu qui accepte dès ce moment toutes les souffrances qu’il endurera durant sa vie terrestre pour réparer à notre place la dette que nos premiers parents avaient contractée. Alors, à genoux devant la crèche, nous pouvons faire nôtre ces vers de François Coppée (1842-1908) :

Salut, petit Jésus, endormi dans la crèche, Né pour souffrir, Qui n’avez dans l’hiver qu’un peu de paille sèche Pour vous couvrir.
Salut, petit Jésus, tout petit, tout aimable, Aux yeux si doux, Souriant aux bergers, à genoux dans l’étable Autour de vous.
Salut, petit Jésus, enveloppé de langes, Enfant si beau, Adoré par les rois et servi par les anges Dans le berceau.
Salut, petit Jésus, dans les bras d’une Mère Silencieux. Enfant dominateur qui lancez le tonnerre Du haut des cieux.
Salut, petit Jésus, mon âme vous adore Roi triomphant ! Mais vous me paraissez bien plus aimable encore Petit enfant.