Pourquoi se consacrer au Cœur Immaculé de Marie ?

Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre · 2022-02-01 · Introibo n°163 — février 2022

Le 13 juin 1917, la Très Sainte Vierge, se manifestant pour la deuxième fois à Fatima, disait à Lucie : « Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. »

Le même jour, Marie disait encore : «  Pour sauver les pauvres pécheurs, le Seigneur veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Pour empêcher le châtiment du monde par la guerre, la famine, et les persécutions contre l’Église et contre le Saint Père, je viendrai demander la consécration du monde à mon Cœur Immaculé, et la Communion réparatrice des premiers samedis du mois. Mon cœur triomphera à la fin. »

Comme pour expliquer les paroles de la Vierge, le pape Pie XII, dans son encyclique Haurietis Aquas sur le culte et la dévotion au Sacré-Cœur (15 mai 1956), écrit : « Pour que des fruits plus abondants découlent dans la famille chrétienne et dans tout le genre humain du culte du Cœur Très Saint de Jésus, les fidèles doivent veiller à l’associer étroitement au culte envers le Cœur Immaculé de Marie. Puisque, de par la volonté de Dieu, la Bienheureuse Vierge Marie a été indissolublement unie au Christ dans l’œuvre de la Rédemption humaine, afin que notre salut vienne de l’amour de Jésus-Christ et de ses souffrances intimement unis à l’amour et aux douleurs de sa Mère, il convient parfaitement que le peuple chrétien qui a reçu la vie divine du Christ par Marie, après avoir rendu le culte qui lui est dû au Cœur Très Sacré de Jésus, rende aussi au Cœur très aimant de sa céleste Mère de semblables hommages de piété, d’amour, de gratitude et de réparation. C’est en parfait accord avec ce dessein très sage et très suave de la Providence divine que nous avons, par un acte mémorable, solennellement consacré la Sainte Église et le monde entier au Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie ».

Qu’est-ce qu’une consécration ?

Quand on parle d’une mère qui se consacre à ses enfants, d’un artiste qui se consacre à la peinture, d’un médecin qui se consacre aux malades, cela signifie que, mettant de côté ou au second plan toutes les autres tâches, la mère, l’artiste, le médecin, se donnent avec amour, acharnement, passion, à un objet exclusif considéré comme le seul digne de prendre le meilleur de leur temps, de leurs efforts, de leur fortune, etc... Dans le vocabulaire religieux, la signification de ce mot est identique. On parle ainsi, par exemple, d’un calice, d’un autel, d’une église consacrée : ces objets ou ces lieux ont été d’abord séparés de tout ce qui va demeurer profane ; et pour cela l’Église a multiplié les purifications, les ablutions, les exorcismes. Puis ils ont été offerts à Dieu qui en a pris possession : et ce furent les onctions qui ont vraiment fait de ces choses séparées et offertes, les «  choses de Dieu », des « choses sacrées ». On parle aussi de la consécration du pain et du vin à la Messe : on a séparé des pains, on a mis du vin à part : on les a offerts à Dieu. Et voici que Dieu en prend tellement possession qu’après les paroles consécratoires, il n’y a plus du pain et du vin que les apparences, mais, par contre, sur le corporal et dans le calice, il y a substantiellement le Corps et le Sang du Verbe Incarné. On parle encore des « personnes consacrées à Dieu » : prêtres, religieux, religieuses ont tout quitté pour appartenir au Christ.

Une consécration peut donc se définir comme un don sans réserve de soi-même, et qui suppose, par conséquent, un dépouillement préalable et parfois même une véritable immolation.

Tout baptisé est un consacré à Dieu

L’homme, même dans l’ordre naturel, n’a qu’une seule fin : atteindre Dieu. A plus forte raison dans l’ordre surnaturel où tous ses efforts doivent converger pour arriver à la contemplation bienheureuse et à la jouissance éternelle de la Trinité. En vue d’un tel idéal, l’homme doit tout quitter et en même temps s’engager tout entier à la poursuite du divin. En un mot, il doit être par nature et par grâce un consacré à Dieu. Or, cette consécration a lieu, en fait, au baptême. Les catéchumènes ou les enfants qui reçoivent ce sacrement sont des êtres choisis de Dieu pour être à Lui totalement.

La consécration des baptisés, participation à l’unique consécration : celle de l’Incarnation rédemptrice

« Père, dit le Christ entrant dans le monde, les sacrifices anciens, Tu ne les as pas agréés : alors voici pour faire Ta volonté »... Alors, en cet instant, le Père accepte cette offrande et la nature divine et la nature humaine s’unissent en l’unique personne du Verbe. Ce qu’il faut remarquer ici, c’est que pour s’offrir au Père dans un acte de soumission parfaite, le Verbe a voulu devenir le Fils de Marie puisque c’est en prenant, dans le sein de Notre Dame, une humanité semblable à la nôtre qu’il est devenu le Messie et a voulu se consacrer à Dieu. Et c’est en Marie toujours que Jésus est devenu, par l’onction de la Divinité, le prêtre par excellence. Pour s’offrir à son Père tout entier, le Christ a voulu passer par Marie. Pour être « donné à Dieu », il a voulu « s’abandonner » à la Très Sainte Vierge, devenir réellement son Fils. Ainsi, pour exécuter les desseins de la Providence, il s’est soumis aux desseins maternels et s’est mis sous la dépendance de Marie.

Nous aussi nous sommes et devons être les consacrés de la Vierge

Puisque toute consécration à Dieu ne peut être qu’une participation à celle de Jésus et puisque celle de Jésus suppose auparavant un abandon de tout son être à Marie, nous devons, nous les baptisés, nous abandonner totalement entre les mains de la Sainte Vierge... Ainsi nous devons nous consacrer à Marie pour être davantage consacrés à Dieu (sans oublier qu’une consécration à Dieu est un acte d’adoration et qu’une consécration à Marie n’est qu’un geste filial envers Elle, en vue d’une meilleure adoration de la Divinité). Aussi une consécration à la Sainte Vierge n’est pas une simple déclaration d’amour faite publiquement à Notre Mère du Ciel. Ce n’est pas une banale formule pieuse. Se consacrer à Marie, c’est reconnaître le rôle sans égal que Marie a joué dans l’histoire du Salut, son rôle comme Mère de l’Église et Secours des Chrétiens et la place que nous voulons lui donner dans notre vie. Et c’est alors promettre de vivre par rapport à elle dans un état de soumission totale, à l’image de la soumission de Jésus à sa Mère durant sa vie cachée.