Les sept œuvres de miséricorde

Abbé Vianney Savy, FSSP · 2022-03-01 · Introibo n°164 — mars 2022

Petite recette pour réussir son Carême

Le temps du Carême revient, comme chaque année, nous rappeler la nécessité que nous avons de bien nous préparer à fêter Pâques. Non seulement pour en tirer toutes les grâces que le Bon Dieu veut nous donner à cette occasion, mais aussi et surtout parce que la Résurrection de Notre-Seigneur doit être le cœur et le centre de toute vie chrétienne authentique.

Le Carême, ce temps de pénitence et de préparation, est l’occasion pour chacun de nous de donner un « coup de fouet » à notre pratique religieuse, de nous délester de ce qui nous empêche de nous élever, de chercher à renforcer notre union avec Dieu. Et nous prenons pour ce faire des résolutions que nous essayons, bon gré, mal gré de tenir…

Et si, pour une fois, nous nous fixions un objectif raisonnable, si nous choisissions un moyen que la Tradition, les Pères de l’Église ainsi que l’Église elle-même, nous recommandent afin de manifester au monde quelle doit être la vie du Chrétien, du fidèle du Christ Ressuscité, à savoir les « œuvres de miséricorde » ?

Car la pratique des œuvres de miséricorde peut être une véritable ascèse. Qui plus est, cela sera pour chacun de nous l’occasion de renouer avec la Tradition de l’Église et nous aider à préparer au mieux cette belle fête de Pâques : « ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Les Œuvres de miséricorde

Tout d’abord, en quoi consistent-elles ? Cette expression désigne les actions bienfaisantes que nous devons accomplir par amour pour notre prochain en nous efforçant de diminuer ses misères. Rappelons que le mot « miséricorde » vient du latin misereo (avoir pitié) et cor (cœur). On comprend donc la nécessité que nous avons de les pratiquer en nous souvenant de ce que le Christ disait « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit et ton prochain comme toi-même ».

La Tradition de l’Église distingue quatorze œuvres de miséricorde : sept œuvres corporelles (qui relèvent du corps) et sept spirituelles (qui relèvent de l’esprit). L’accomplissement de ces œuvres est non seulement une manière efficace de nous rapprocher de Dieu en exerçant cette haute vertu qu’est la charité, mais il est aussi de nature à réparer les fautes que l’on a commises. Quoi de mieux donc que d’avoir à cœur de les pratiquer durant le Carême ?

Il faut avant tout discerner les œuvres de miséricorde qui nous incombent en fonction de notre situation présente, car l’exercice de la charité s’inscrira toujours dans le cadre de notre devoir d’état. Il faudra également nous rappeler que les œuvres de miséricorde, se distinguant des œuvres purement philanthropiques, sont destinées à mener les hommes vers l’Église, par conséquent, chaque action ne peut être féconde que si elle est intimement entée, unie à la Tête de l’Église qu’est le Christ.

Les œuvres corporelles

Les six premières œuvres de Miséricorde corporelles sont énumérées par saint Matthieu dans la Parabole du Jour du jugement (Mat, 5) : « Nourrir l’affamé, abreuver l’assoiffé, accueillir l’étranger, vêtir les malheureux, soigner les malades, et visiter les prisonniers » ; « ensevelir les morts » apparaît au cours du XIIe siècle. Elles sont déjà présentes partiellement dans l’Ancien Testament dans le Livre d’Isaïe. La septième, la visite aux prisonniers, est indiquée dans l’Épître aux Hébreux.

Les sept œuvres de miséricorde corporelles sont donc :
donner à manger aux affamés
donner à boire à ceux qui ont soif
vêtir ceux qui sont nus
accueillir les pèlerins
assister les malades
visiter les prisonniers
ensevelir les morts 

Nourriture - Boisson - Vêtement

Il s’agit ici des besoins essentiels de l’homme, sans lesquels il ne peut vivre. Ces besoins primordiaux sont mentionnés en premier dans l’Évangile.

Mais en allant plus loin, on peut aussi y voir un appel pour chacun de nous à nous débarrasser du superflu et du luxe, de tout ce qui accapare notre vie, car ces choses sont les premiers obstacles à une vie authentiquement chrétienne. Et si nous devons évidement procurer le nécessaire à ceux qui en manquent, nous devons également ôter de nos vies tout ce qui nous empoisonne afin de nous rapprocher toujours plus de Celui qui a tout abandonné par amour pour nous.

Accueillir

Saint Paul nous le rappelle : « Soyez zélés pour l’hospitalité » (Rom 12, 3) car c’est là la marque d’une authentique charité fraternelle. Accueillir, recevoir c’est se donner tout entier avec tout ce que l’on possède, avec tous ses biens et tout son dévouement. A quoi servirait une aide donnée avec parcimonie, à laquelle nous fixerions des limites en fonction de notre confort personnel ? Elle aura d’autant plus de valeur qu’elle nous dérange dans notre vie quotidienne...

En allant plus loin, on peut aussi y voir un appel à nous « dépenser sans attendre d’autres récompenses que celle de savoir que nous faisons la sainte volonté de notre Dieu » (prière scoute).

Visiter, aider ceux qui sont faibles

Malheureusement ce devoir est trop négligé de nos jours. Nous devons nous rappeler que, selon les mots mêmes du Seigneur : « tout ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez », or les malades, les personnes âgées sont, par rapport à nous, ces « plus petits d’entre les miens ». Un chrétien ne doit donc pas délaisser les malades, ceux de sa famille en particulier, mais au contraire leur assurer présence et soutien. De plus, nous devons aider ceux dont la vie est menacée (par l’avortement et l’euthanasie notamment), par exemple par des actions d’information, de prière ou en participant à des « marches pour la vie ».

Les œuvres spirituelles

La tradition des œuvres de Miséricorde spirituelles remonte aux Pères du désert. Elles sont énumérées par saint Thomas d’Aquin.

Elles sont également au nombre de sept :
conseiller ceux qui sont dans le doute
enseigner les ignorants
avertir les pécheurs
consoler les affligés
pardonner les offenses
supporter patiemment les personnes ennuyeuses
prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Conseiller ceux qui en ont besoin, instruire les ignorants, exhorter les pécheurs

L’homme est un animal social, la charité fraternelle demande donc un esprit social et le dévouement, le soin que nous devons porter aux individus ne doit jamais exclure le souci et la recherche du bien commun de toute la société. Nous devons nous mettre au service de nos frères pour leur vrai bien, leur vraie destinée qui est la vie de Dieu en eux. Nous devons travailler de toutes nos forces à leur Salut en nous engageant à fond dans le monde.

Souvenons-nous que sainte Catherine de Sienne disait : « Plus on connaît la vérité, plus on ressent une peine, une intolérable douleur de voir Dieu offensé », car c’est bien Jésus-Christ qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie ». La recherche et la défense de la Vérité est pour nous un vrai devoir. Attention à ne pas tomber dans deux pièges : sous prétexte d’amour pour les pécheurs, en arriver à aimer le péché et sous prétexte de combattre le péché, en arriver à combattre les pécheurs.

Consoler les affligés

Cette œuvre de miséricorde nous invite à trouver des moyens d’apporter notre aide aux personnes moralement fragilisées, à ceux qui subissent des épreuves, à tous ceux qui sont accablés par la tristesse et la lassitude. Bien souvent notre seule présence suffit, en particulier si nous amenons avec nous « la bonne odeur du Christ ».

Pardonner les offenses, supporter les autres

Ici l’exemple nous vient du Christ lui-même qui a pardonné à ses bourreaux : « Père pardonnez- leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Nous devons donc supporter les injustices que nous pouvons subir en souvenir du Calvaire et de la Passion de Notre-Seigneur. Gardons-nous aussi de juger les autres, même s’ils peuvent nous excéder, sous peine d’être jugés plus tard avec la même sévérité.

Prier pour les vivants et les morts

Là se trouve le sommet des œuvres de miséricorde ! Ce n’est rien d’autre que la Communion des Saints qui fait le lien entre l’Église triomphante, l’Église souffrante et l’Église militante. Prions pour le Salut des âmes qui sont au Purgatoire afin qu’une fois arrivées au Paradis, elles intercèdent pour nous et nous obtiennent les grâces nécessaires à notre Salut. Par les œuvres de miséricorde, qui nous poussent à aller vers les autres (les vivants ou les morts) en vue de leur Salut, nous allons à l’encontre de l’esprit de ce monde, qui enferme l’homme dans l’esclavage de l’individualisme, ou qui donne malheureusement de fausses images de l’entraide. Toutes ces parodies de charité ne doivent pas nous faire oublier que chaque acte se transcende, ne trouve sa raison d’être que dans sa finalité ultime : parvenir tous ensemble, par la charité mutuelle, au Salut éternel.

 

Ancien et Nouveau Testament nous avertissent que Dieu demandera des comptes à chacun de sa conduite : « Moi, Yahvé, je scrute le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun selon sa conduite, selon le fruit de ses œuvres » (Jr 17, 10). « Le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rétribuera chacun selon sa conduite » (Mt 16, 27).

Il apparaît donc comme incontournable pour un chrétien de pratiquer les œuvres de miséricorde, car le Seigneur nous l’a demandé ; et s’il nous l’a demandé c’est parce que c’est le seul moyen par lequel nous pouvons à la fois le trouver et le faire connaître au monde ; c’est le moyen privilégié de notre Salut et du Salut du monde. Mais ce qui doit nous animer dans la pratique des œuvres de miséricorde c’est avant tout le désir de toucher le cœur de Dieu : « Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde. »