La Crainte de Dieu

Abbé Stefan Reiner, FSSP · 2022-06-01 · Introibo n°167 — juin 2022

Ce don du Saint-Esprit un peu méconnu

Loin d’être une peur de Dieu, le don de crainte consiste plutôt en cet amour de Dieu qui nous pousse à le respecter, à craindre de l’offenser, à craindre de nous détourner de lui. Dieu est notre Bonheur, Dieu est notre Père qui nous aime et souhaite notre salut.

À l’occasion de la fête de la Pentecôte, que nous célébrons cette année au début du mois de juin, je voudrais évoquer ici l’un des sept dons du Saint-Esprit, peut-être un peu méconnu, à savoir le don de crainte de Dieu. En ce qui concerne la crainte de Dieu, on est tenté de se poser la question : la crainte de Dieu peut-elle être vraiment un don du Saint-Esprit ? Un don de cet Esprit de la Pentecôte qui, par sa force et sa toute-puissance, a créé un monde nouveau, qui guide et inspire l’Église et dont on dit qu’il est l’amour ? La peur n’est-elle pas quelque chose de honteux, d’humiliant, de paralysant pour les forces humaines Le disciple préféré, saint Jean, ne dit-il pas : « L’amour ne connaît pas la peur.

L’amour parfait exclut la crainte » ? (1 Jn 4,17) Mais cependant, nous lisons chez saint Paul : « Travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut. » (Ph 2,12) ou « Purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, achevant de nous sanctifier dans la crainte de Dieu. » (2 Co 7,1) De toute évidence, il n’y a pas de contradiction entre la vertu d’amour, ou charité, et le don de la crainte de Dieu si l’on considère ces passages, et bien d’autres des Écritures, dans leur ensemble. Saint Thomas d’Aquin écrit à ce sujet que la l’occasion de la fête de la Pentecôte, crainte et l’amour s’exigent mutuellement. Pour cela, il faut expliquer ce qu’il entend par crainte. Il y a une sorte de crainte inférieure, une crainte superstitieuse du malheur et de la maladie et même une crainte lâche de l’enfer. Mais il existe un autre type de crainte qui ennoblit l’homme, qui le fait à la fois s’émerveiller de la grandeur et de la majesté infinies de Dieu, et en même temps qui le place en sécurité en Dieu dans un amour profond. Le don de la crainte de Dieu est ainsi ce don du Saint-Esprit qui nous fait redouter de déplaire à Dieu et de l’attrister par un péché.

Par conséquent, nous pouvons dire que plus l’amour de Dieu est fort en nous, moins la crainte inférieure, qui n’a pas Dieu en vue mais plutôt elle-même, se fait sentir. Une telle crainte inférieure n’est pas compatible avec un profond amour de Dieu. En revanche, plus l’homme est imprégné de l’amour de Dieu, plus il craint de s’éloigner de lui et plus il reconnaît la grandeur de celui qu’il peut aimer. Saint Augustin pousse cette relation à l’extrême avec la formule suivante : « Crains pour ne pas avoir à craindre. Crains Dieu, et tu seras libéré de toute autre crainte. Le calme, la sécurité et la paix entreront dans ton cœur Le philosophe et théologien Dietrich von Hildebrand (mort en 1977), ami du pape Pie XII et que ce dernier a qualifié de docteur de l’Église du XXe siècle », a écrit à ce sujet : « J’ose affirmer que le noyau le plus intime de toute expérience religieuse doit être la crainte de Dieu. Si l’on ne fait que négocier avec le bon Dieu, comme avec ses semblables, ou si l’on voit en lui un camarade avec lequel on se tutoie, alors on ne sait rien de Dieu. Il faut d’abord s’agenouiller du plus profond de son cœur devant Dieu et ses mystères, ses énigmes et ses infinis, si l’on veut sentir et reconnaître ce que signifie le fait que Dieu s’occupe de nous, que nous ne lui sommes pas indifférents et qu’il nous aime... Il y a quelque chose de salutaire à rencontrer le Dieu de l’Ancien Testament, qui paraît sévère et austère, pour comprendre la profondeur et la signification du Nouveau Testament en Jésus-Christ Ces paroles d’Hildebrand ne permettent-elles pas de mieux comprendre les paroles du Psaume 110 qui dit : « Le commencement de la sagesse, c’est la crainte de l’Éternel » ? On pourrait même dire que le véritable amour exige une telle crainte. Le véritable amour n’est-il pas seulement possible là où, malgré l’union de l’âme avec Dieu, on reste conscient de la distance qui nous sépare de lui Cette crainte de Dieu nous préserve d’une familiarité inappropriée avec Dieu, proche d’une sorte de "copinage". Ce don évite que les sacrements, la prière et la grâce ne perdent leur transcendance divine et ne soient dépouillés de leur valeur infinie par une utilisation routinière.

Nous ne pouvons reconnaître la proximité de Dieu avec nous en Jésus-Christ et évaluer correctement l’amour de Dieu que si nous avons en même temps saisi l’incroyable grandeur et majesté de Dieu. Je vous souhaite donc à tous la plénitude de l’Esprit Saint, et de ses sept dons !