Un rythme chrétien pour aujourd’hui

Abbé Nick Rettino-Parazelli, FSSP · 2022-09-01 · Introibo n°169 — septembre 2022

Discipline chrétienne et monde moderne

Année après année, le mois de septembre marque le retour à une certaine routine pour l’Occidental. Il n’est plus temps désormais de chanter comme une cigale, mais de se mettre à l’ouvrage comme une fourmi. Il faut reprendre nos bonnes habitudes que l’été nous a peut-être fait perdre. La tâche à accomplir est immense et nous n’entreprenons rien de grand sans d’abord réfléchir un peu. Asseyons-nous donc et songeons à établir notre programme de vie. Un tel exercice présente d’indéniables avantages et l’expérience des saints, d’ailleurs, nous y encourage.

La reprise des activités normales occasionne chez tout le monde un surcroît de stress. Il faut penser à mille et une choses, parfois simultanément, et rendre des comptes. Le fait d’avoir planifié sa journée, sa semaine, son mois, permet de décharger l’esprit sur l’agenda. Cette méthode évite que nous perdions un temps précieux à réfléchir à ce qui doit venir ensuite. Il suffit d’accomplir à l’heure convenue ce que nous avions prévu.

Les écrits restent, mais les paroles s’envolent. Nous avons beaucoup plus de chances d’honorer nos engagements s’ils sont consignés par écrit, et plus encore si nous avons prévu très concrètement le moment où nous les honorerions. Au quotidien, la bonne habitude de tenir un agenda nous assure d’avoir accompli l’essentiel en posant le soir la tête sur l’oreiller, même si les imprévus ont empêché telle ou telle résolution.

Car en effet, les imprévus abondent dans notre monde! Il est immanquable qu’à un moment ou un autre nos plans soient déjoués, aussi organisés que nous soyons. Néanmoins, nous ne serons jamais complètement déstabilisés, puisque nous saurons précisément de quelles plages horaires nous disposons pour rattraper un engagement devenu plus tôt impossible. Nous saurons distinguer ce qui peut être exceptionnellement omis de ce qui doit être tenu bec et ongles !

Le premier saint fêté au mois de septembre est saint Gilles. Sans doute pouvons-nous voir en cela une disposition de la Providence qui a voulu mettre notre retour aux activités normales sous son patronage. Trop peu connu de nos jours, saint Gilles attirait pourtant au XIe siècle les pèlerins en masses, si bien que l’on a pu comparer ce lieu, par sa fréquentation, à Jérusalem, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle.

Cet ermite serait né à Athènes au milieu du VIIe siècle. Il est venu s’établir dans le Sud de la France, à l’embouchure du Rhône pour y mener une vie solitaire à la recherche de Dieu. La légende raconte que lors d’une partie de chasse lancée par le roi Wamba, une biche – peut-être la compagne de saint Gilles – serait venue se réfugier auprès de l’ermite et qu’une flèche l’aurait atteint à la main. Pour s’excuser du dommage, le roi lui aurait cédé la vallée flavienne toute proche afin d’y ériger un monastère. Saint Gilles y constitua une communauté religieuse et la plaça sous la règle de saint Benoît.

C’est ici que nous pouvons faire le lien entre saint Gilles et notre programme de vie. La longue expérience de notre ermite lui a fait voir la valeur incomparable de la règle bénédictine, toute empreinte d’équilibre et de bon sens. C’est pourquoi il l’a choisie pour mener vers la sainteté les hommes qui s’étaient confiés à lui.

Même nous qui sommes dans le monde, nous pouvons nous inspirer, sinon de la lettre, au moins de l’esprit de la règle de saint Benoît pour constituer notre discipline journalière.

Fondamentalement, il faut veiller à équilibrer nos temps de travail, de prière et de repos. Le moine consacre à chacun de ces domaines le tiers de sa journée. Il faut cependant noter que, pour le moine, la prière est une partie de son travail et que le travail manuel lui sert à reposer son esprit. Quoi qu’il en soit, il faut nous assurer que nos journées contiennent de tout, et le meilleur moyen d’y parvenir est de planifier nos temps de travail, de prière, de repos, d’activité physique, d’amitié, etc.

Une sonnerie de cloche indique au religieux qu’une activité se termine et qu’une autre commence. Cette discipline est primordiale pour arriver à faire tout ce que l’on a prévu, en plus d’être une aide efficace pour éduquer notre volonté. Se donner des horaires et s’y tenir s’avérera tout particulièrement utile dans le domaine numérique où il est si facile d’être absorbé par les pompes d’Internet.

La journée du moine est rythmée par la prière. Nous pourrions en faire de même. Il n’est pas nécessaire d’en faire beaucoup, ni d’en faire souvent, mais de prier régulièrement. Commencer la journée avec Dieu, la finir avec Lui et revenir de temps à temps vers la Source de tout bien. Le téléphone que nous avons toujours avec nous, pourquoi ne pas le faire servir à notre prière ? Il peut contenir des bibliothèques entières des meilleurs auteurs spirituels et il peut nous rappeler trois fois le jour l’heure de l’Angélus.

Enfin, un moine se lève tôt. Il sait que ce qui n’est pas fait le matin n’est pas fait du tout, tant notre rythme de vie est exigeant. Si nous voulons qu’une chose soit faite, il faut la faire dès que possible. C’est également une manière très biblique de faire que d’offrir à Dieu les prémices de notre journée, les premiers moments. Ou encore, nous pourrions prévoir des moments avec le Seigneur dans notre emploi du temps, des moments fixes, immuables et non négociables, moments autour desquels nous bâtirions le reste de notre vie.

Ce ne sont là que quelques pistes pour l’élaboration d’un programme de vie chrétien dans notre monde moderne. Notre religion est une religion d’incarnation. Le Seigneur veut vivre au milieu de nous, avec nous, au quotidien. À nous de l’y inviter et, plus encore, de l’y mettre. Qu’il nous l’accorde, par l’intercession de saint Gilles.