Le Rosaire, méditation d’un moine du Barroux
Un moine du Barroux · 2022-10-01 · Introibo n°170 — octobre 2022
Pour vivre en Marie
En prenant du temps pour prier Dieu avec Marie, en essayant de tout vivre en Marie, Dieu agit en nous et nous sanctifie par Marie. L’amour maternel de la Vierge Marie désarme tout orgueil », dit Benoît XVI. En effet, Marie fait fondre nos résistances à la grâce. Mais pour y arriver, il faut accepter de nous perdre dans le climat de Marie, il faut arrêter de remuer pour nous laisser entraîner dans sa vie intérieure et modeler par elle. Pour cela, notamment par la prière du chapelet, vivons avec elle, en elle, par elle et pour elle toute notre vie.
La prière en Marie
Marie nous aide à nous oublier nous-mêmes pour nous laisser fasciner par Dieu. Le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus nous décrit la Vierge dans une oraison « tout illuminée et embrasée des feux divins », elle « dont la foi semblait ignorer les richesses qu’elle possédait, pour aller toujours plus loin dans l’ombre lumineuse de l’Esprit Saint qui l’enveloppait et la pénétrait ». Marie, mieux que tous les mystiques, a fait l’expérience des plus hauts degrés de l’union à Dieu. Elle est transparence totale à Dieu.
Aussi ne retient-elle pas les âmes à elle. Elle nous fait entrer plus avant dans la relation vivante à la Trinité, à travers les nuits décrites par les spirituels, mais sans drame ni remous. C’est son secret, le secret de sa douceur maternelle. Lorsque l’on demandait à sainte Bernadette ce qu’elle faisait à la grotte de Massabielle, elle répondait : « Je regardais la Sainte Vierge. » Marie simplifie notre prière, elle nous conduit « à travers les simples sentiers de la foi » à une oraison de simple regard.
La miséricorde en Marie
Dans son encyclique sur la miséricorde, saint Jean-Paul II évoque la figure de la - Vierge Marie, « Mère de la miséricorde celle qui est entrée le plus profondément dans le mystère de la miséricorde divine.
Le pape insiste surtout « sur le tact particulier de son cœur maternel, sur sa sensibilité particulière, sur sa capacité particulière de rejoindre tous ceux qui acceptent plus facilement l’amour miséricordieux de la part d’une mère. Plus nous avançons dans la vie intérieure, plus nous faisons l’expérience de notre misère radicale, de notre condition de pécheurs, et plus aussi nous vivons de gratuité et de miséricorde. Marie nous fait découvrir de plus en plus ce mystère de la miséricorde de Dieu sur nous.
En outre, loin de nous isoler des autres, la vie intérieure nous rend plus compatissants à l’égard de la détresse d’autrui. Or Marie nous imprègne de miséricorde, elle rend notre cœur semblable au sien un cœur plein de sollicitude pour les pécheurs. Pensons aux petits bergers de Fatima, multipliant les sacrifices pour que les pauvres pécheurs s’ouvrent à la miséricorde et évitent la damnation.
La souffrance en Marie
Marie est « la confiture des croix », écrit saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. Livrant à son lecteur son expérience de vie mariale, il précise Par le chemin de la Vierge Marie, on passe plus doucement et plus tranquillement. On y trouve, à la vérité, de grands combats à donner et de grandes difficultés à vaincre ; mais cette bonne Mère et Maîtresse se rend si proche et si présente à ses fidèles serviteurs pour les éclairer dans leurs ténèbres, pour les éclaircir dans leurs doutes, pour les affermir dans leurs craintes, pour les soutenir dans leurs combats et leurs difficultés, qu’en vérité ce chemin virginal pour trouver Jésus-Christ est un chemin de roses et de miel, comparé aux autres chemins.
Avec elle, il n’y a pas moins d’épreuves, mais il y a une douceur, un abandon paisible qui est à l’opposé de la résignation stoïque ou du fatalisme. Avec elle, la croix est vécue avec la confiance d’un enfant dans les bras de sa mère. On ac cepte enfin de ne plus « tourner autour du pot » : on embrasse la croix (une antipathie, une situation inextricable, une épreuve de santé...). On accepte de baiser ses chaînes ». On comprend que la vraie joie, la vraie paix et la vraie douceur de Dieu peuvent être trouvées derrière l’écorce rugueuse de la croix. Les saints, à la suite du bon larron, en ont fait l’expérience. C’est pourquoi ils ont accepté — voire désiré — la croix avec tant d’empressement. Encore une fois, c’est le secret de la Vierge Marie de nous faire saisir cela, de nous faire goûter la douceur de Dieu derrière la croix, de nous faire goûter la douceur de Dieu dans la vie intérieure.