En préparant la crèche…

Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2022-12-01 · Introibo n°172 — décembre 2022

« Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. »

En préparant la crèche, nous redécouvrons chaque année la pauvreté et l’inconfort de l’étable de Bethléem. Les circonstances même de la naissance du Sauveur annoncent que l’œuvre de salut qu’il vient opérer ne se réalisera qu’en assumant totalement cette nature humaine, c’est-à-dire en connaissant la souffrance et la mort. L’inconfort de la crèche à Noël, annonce la souffrance du vendredi saint ; l’Enfant endormi enveloppé de langes et déposé avec un infini respect dans la froide crèche par sa mère, annonce déjà le Christ mort, enveloppé d’un linceul et déposé par cette même mère en pleurs sur la froide pierre du tombeau.

Faut-il pour autant voir en ce joyeux temps de Noël planer l’ombre de la mort, comme une mauvaise fée dans les contes pour enfants se penche sur le berceau du nourrisson pour lui jeter un sort ? Non, bien au contraire, car cet Enfant, nous le savons, est le Fils de Dieu, « le Verbe de Dieu » par qui tout a été fait, il est la lumière venue en ce monde pour éclairer les ténèbres et que les ténèbres ne peuvent atteindre. La mort sur lui ne connaîtra qu’une bien brève victoire : au matin de Pâques le Christ sortira vainqueur du tombeau. C’est aussi ce qu’annonce la fête de Noël : la solitude de la crèche, le rejet du monde incapable de lui faire de la place, le dénuement de ce lieu si pauvre, n’empêchent pas l’œuvre du salut de se mettre en marche. Bientôt les mages arriveront et déjà les bergers accourent, comme le feront les apôtres au matin de la Résurrection.

Bien des éléments dans les évangiles nous invitent à faire ce rapprochement entre Noël et Pâques, entre la crèche et le tombeau. Nous pouvons en noter un au passage, il s’agit de la place et du rôle des anges proclamant l’heureuse nouvelle. Dans les deux cas ce sont ces messagers qui annoncent et rassurent les premiers témoins : « ne craignez pas car voici que je vous annonce une grande joie, déclarent-ils aux bergers, (…) vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche. »

« Ne vous effrayez pas, disent-ils aux femmes le matin de Pâques, (…) vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié, il est ressuscité (…) il vous précède en Galilée c’est là que vous le verrez. » 

Ainsi, si la crèche nous annonce le tombeau, les anges, eux, nous rassurent cette nature humaine, fragile et mortelle est unie à la nature divine : ce nouveau-né, ce crucifié, c’est le Messie, le Seigneur, Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé : il est bien le Sauveur, l’égal du Père, qui par son Incarnation, sa Passion, sa mort et sa Résurrection vient restaurer l’homme dans sa dignité originelle.