À propos de la virginité de Marie
Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2023-06-01 · Introibo n°178 — juin 2023
et de la conception de Jésus par le Saint-Esprit
Un livre blasphématoire, écrit sous forme de roman et dont il ne nous semble même pas utile de préciser ici le nom, a très malheureusement été l’objet d’attentions de la part de certains catholiques. Faisons en sorte que d’un mal il sorte un bien, et intéressons-nous à la Virginité de Marie et à la conception de Jésus.
Mère très pure, Mère très chaste, Mère toujours vierge, Mère sans tache... telle une pierre précieuse que l’on voit sous ses différentes facettes, notre Sainte Mère nous est découverte sous ces différentes appellations des litanies de Lorette.
Marie est bien mère, sans conteste, mais d’une maternité inhabituelle parce que Mère de Dieu, et donc mère sans la collaboration de l’homme. Mère d’un homme véritable qui est en même temps le Fils de Dieu, et pour cela Mère très pure, sans la moindre recherche personnelle, totalement donnée à Dieu dès le premier instant et toujours servante du Seigneur. La chasteté de son corps n’est que le reflet de celle de son âme que l’ombre même d’une pensée impure ne ternit jamais...
Mère toujours vierge parce qu’elle garda l’intégrité de son corps consacré à Dieu depuis toujours, l’accueil du Fils unique confirmant cette intégrité. Mère sans tache comme le souligne le Bienheureux Pie IX : « (Dieu) la combla bien plus que tous les esprits angéliques et que tous les saints, de l’abondance de toutes les grâces célestes, et avec une telle profusion que, toujours exempte de toute tache du péché, toute belle et parfaite, elle manifesta une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut, au-dessous de Dieu, en concevoir de plus grande, et qu’excepté Dieu, personne ne peut la concevoir en pensée. » (Ineffabilis Deus).
Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église Catholique, c’est dès les premières formulations de la foi, que l’Église a confessé que Jésus a été conçu par la seule puissance du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie, affirmant aussi l’aspect corporel de cet événement : Jésus a été conçu « absque semine ex Spiritu Sancto » (du Saint-Esprit sans semence, Concile du Latran en 649). Les Pères voient dans la conception virginale le signe que c’est vraiment le Fils de Dieu qui est venu dans une humanité comme la nôtre. Ainsi, saint Ignace d’Antioche (début IIe siècle) : « Vous êtes fermement convaincus au sujet de notre Seigneur qui est véritablement de la race de David selon la chair (cf. Rm 1,3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu (cf. Jn 1,13), véritablement né d’une vierge, ... il a été véritablement cloué pour nous dans sa chair sous Ponce Pilate ... il a véritablement souffert, comme il est aussi véritablement ressuscité » (Smyrn. 1-2).
Cette vérité de foi, nous la proclamons chaque dimanche dans le Credo : « Il a pris chair de la Vierge Marie par l’action du Saint-Esprit, et il s’est fait homme. »
Les récits évangéliques (cf. Mt 1,18-25 Lc 1,26-38) comprennent la conception virginale comme une œuvre divine qui dépasse toute compréhension et toute possibilité humaines (cf. Lc 1,34) : « Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint », dit l’ange à Joseph au sujet de Marie, sa fiancée (Mt 1,20). L’Église y voit l’accomplissement de la promesse divine donnée par le prophète Isaïe : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils » (Is 7,14, d’après la traduction grecque de Mt 1,23).
L’approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l’Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie même dans l’enfantement du Fils de Dieu fait homme. En effet la naissance du Christ « n’a pas diminué, mais consacré l’intégrité virginale » de sa mère. La liturgie de l’Église célèbre Marie comme la « Aeiparthenos », « toujours-vierge ».
À cela on objecte parfois que l’Écriture mentionne des frères et sœurs de Jésus (cf. Mc 3,31-35 6,3 1Co 9,5 Ga 1,19). L’Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d’autres enfants de la Vierge Marie : en effet Jacques et Joseph, « frères de Jésus » (Mt 13,55), sont les fils d’une Marie disciple du Christ (cf. Mt 27,56) qui est désignée de manière significative comme « l’autre Marie » (Mt 28,1). Il s’agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l’Ancien Testament (cf. Gn 13,8 14,16 29,15 etc.). Une étude attentive montre la crédibilité historique des Évangiles à ce propos et la pertinence de la Tradition (cf. Les quatre frères cousins de Jésus et la maternité virginale de Marie du P. Paul-Laurent Carle o.p.)