L’aurore du salut
Abbé Nick Rettino-Parazelli, FSSP · 2023-12-01 · Introibo n°183 — décembre 2023
Les jours n’ont pas fini de raccourcir que déjà nous savons qu’ils s’allongeront de nouveau, une fois le solstice d’hiver passé. Le soleil qui se couche nous laisse dans la certitude qu’il se lèvera au terme de la nuit. Ces jours de décembre sont à l’image de notre vie intérieure : pleins d’espérance.
Aube ou aurore? Les deux mots souvent pris l'un pour l’autre. Mais la distinction est importante, non seulement au nom de l’amour de la langue française, mais encore et surtout pour le sens spirituel que nous voulons y attacher aujourd’hui. L’obscurité de la nuit est atténuée par la lueur de l’aube qui précède les vives couleurs de l’aurore avant de faire définitivement place aux feux du jour.
L’aube consiste en la pointe du jour. L’astre ne paraît pas encore, mais nous devinons sa présence prochaine à la teinte blanchâtre qu’il laisse échapper dans le ciel. Blanc est le terme juste, puisque aube vient du latin albus, c’est-à dire blanc. Ce blanc est pur, immaculé, comme la conception de la Bienheureuse Vierge que nous célébrons au début du temps de l’Avent. « La nuit s’avance, le jour est proche », nous dit saint Paul au premier dimanche de ce temps liturgique. (Rm 13, 12) Marie est une lumière dans ce monde obscurci par le péché.
Une lumière pour elle-même, car il n’y a pas de ténèbres en elle ; et une lumière pour toute l’humanité, car la fatalité du péché est abolie. L’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge est la preuve que le péché n’est pas indissociable de la nature humaine et l’annonce que nous en ube ou aurore ? Les deux mots sont serons tous libérés si nous acceptons de souvent pris l’un pour l’autre. Mais paraître devant la « lumière qui élimine la nuit » (Séquence Lauda Sion).
D’ailleurs, la lumière ne fait que progresser. Après les timides lueurs de l’aube, l’aurore fait apparaître de splendides couleurs au firmament. L’aube engendre l’aurore et s’efface devant elle comme la Vierge Mère enfante le Christ et se place au rang de ses disciples. Cette étape ne dure qu’un instant dans la marche inexorable du soleil et, peut-être pour cette raison, fascine tous les spectateurs. Très peu nombreux sont les privilégiés qui ont eu le bonheur d’assister à l’accomplissement du mystère de Noël : Marie, Joseph et quelques autres muets ambassadeurs de la création. Tous les autres n’ont vu le Soleil de justice qu’une fois levé.
L’aurore est un objet de contemplation en elle-même, mais elle n’est pas encore le terme. La Source de la lumière ne connaîtra son apogée qu’avec le mystère pascal de la mort, de la Résurrection et de l’Ascension du Dieu fait homme. C’est à ce propos que le psalmiste a pu écrire Dans le soleil il a planté sa tente : et lui même est comme l’époux qui sort de sa chambre nuptiale. Au sommet du ciel il prend son départ, et sa course va jusqu’à son sommet. » (Ps 18, 6-7) Ne mettons cependant pas la charrue avant les bœufs. Nous aurons l’éternité pour apprécier la chaleur inaltérable du soleil qui ne connaîtra jamais de déclin.
Mais l’aube et l’aurore sont des instants fugitifs. Fixons donc notre regard à l’horizon en attendant l’Avènement de Jésus-Christ. Ces premiers jours de l’année liturgique nous font participer à l’espérance des prophètes de l’Ancien Testament qui ont annoncé la venue du Sauveur. En attendant les prémices du jour, prêtons attention à la parole des prophètes « comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à paraître et que l’étoile du matin se lève » dans nos cœurs. (1P 1, 19)