Catéchèses baptismales

Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2024-02-01 · Introibo n°185 — février 2024

pour le Carême

Les quarante jours du Carême sont, pour les catéchumènes qui vont recevoir le baptême à Pâques, l’ultime préparation. Mais tous les autres fidèles sont invités à faire également ce même parcours pour raviver en eux la grâces baptismale et faire encore grandir leur « organisme surnaturel ».

Connaissez-vous la date de votre baptême ? La question peut sembler originale, voir peu pertinente… cependant, s’il est évident que nous connaissons tous notre date de naissance, reconnaissons que, pour la plupart d’entrenous, nous n’accordons pas (assez) d’importance au jour de notre re-naissance. Le temps du Carême qui s’ouvre est une excellente occasion, non seulement de faire les recherches qui s’imposent et de mémoriser notre date de baptême, mais encore de replacer ce sacrement et ceux qui le suivent au centre de nos vies.

S’il est vrai que le baptême est un « évènement », un acté passé pour la plupart, un signe posé une fois pour toutes, il est tout aussi vrai que ses effets demeurent. Les sacrements sont des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Église, par lesquels la vie divine nous est dispensée. Cette vie est appelée à croître, à se développer, pour finalement s’épanouir totalement au Ciel. Les rites visibles sous lesquels les sacrements sont célébrés, signifient et réalisent les grâces propres de chaque sacrement. Ainsi, par le baptême, dont le rite essentiel consiste à plonger dans l’eau le candidat ou à verser de l’eau sur sa tête, en prononçant l’invocation de la Très Sainte Trinité, se réalise la naissance du néophyte à la vie nouvelle dans le Christ. La grâce baptismale est une réalité riche qui comporte la rémission du péché originel et (sauf pour les petits enfants qui n’en ont pas besoin) de tous les péchés personnels mais aussi la naissance à la vie nouvelle par laquelle l’homme devient fils adoptif du Père. L’eau signifie bien cela en nous rappelant d’une part la purification (le fait de laver), et d’autre part le passage de la mort (noyade) à la vie (pas de vie sans eau). De plus le baptême nous incorpore à l’Église et imprime dans l’âme un signe spirituel indélébile, le caractère, qui consacre le baptisé au culte de la religion chrétienne. Mais le baptême ne marque pas pour autant un état d’achevé : s’il fait du néophyte « une création nouvelle », il lui donne alors la grâce sanctifiante, la grâce de la justification qui le rend capable de croire en Dieu, d’espérer en Lui et de L’aimer par les vertus théologales, il lui donne également de pouvoir vivre et agir sous la motion de l’Esprit Saint par les dons du Saint-Esprit et de croître dans le bien par les vertus morales. Ainsi, tout l’organisme de la vie surnaturelle du chrétien a sa racine dans le saint Baptême. Comme le corps de l’enfant qui vient au monde est appelé à grandir et a actualiser ses potentialités, de même le néophyte, quelque soit son âge, est appelé à développer cet organisme surnaturel par la prière, la réception des autres sacrements et la pratique d’une vie vertueuse.

Le lien entre la fête de Pâques et le baptême, et, plus largement, tous les sacrements, est central dans la liturgie et la foi de l’Église. « Un sacrement, nous explique saint Thomas d’Aquin, est un signe qui remémore la cause passée : la Passion du Christ ; qui manifeste l’effet de cette Passion en nous : la grâce ; et qui prédit la gloire future. » (IIIa Qu.60 a.3) Tout naturellement, la Tradition de l’Église a ainsi fait du Carême un temps de préparation et de catéchèse baptismales, et de la nuit de Pâques le moment propice au baptême et à la confirmation des adultes. Mais, pour ceux qui ont été baptisés enfants, ce parcours n’est pas inutile, ni même facultatif. Si le sacrement du baptême est la source de la grâce sanctifiante, des vertus théologales infuses et des dons du Saint-Esprit, peut-être est-il bon durant ces 40 jours de « désensabler » la source, de prendre davantage soin de notre organisme spirituel… ou même peut-être de le ranimer !

Pour cela, la prière, la pratique de la pénitence (notamment du jeûne et de l’abstinence) et les œuvres de charité sont des moyens éprouvés et indispensables. Mais le recours aux sacrements « habituels » de la vie chrétienne, à savoir la confession et la communion eucharistique, le sont tout autant : ils sont les moyens nécessaires que Dieu nous donne pour guérir et faire grandir la vie de la grâce en nos âmes. Le catéchisme nous le rappelle : celui qui veut recevoir le Christ dans la Communion eucharistique doit se trouver en état de grâce. S’il a conscience d’avoir péché mortellement, il ne doit pas accéder à l’Eucharistie sans avoir reçu préalablement l’absolution dans le sacrement de Pénitence. Reçu dignement, la sainte Communion au Corps et au Sang du Christ accroît alors l’union du communiant avec le Seigneur, lui remet les péchés véniels et le préserve des péchés graves. Puisque les liens de charité entre le communiant et le Christ sont renforcés, la réception de ce sacrement renforce également l’unité de l’Église, Corps mystique du Christ. C’est pourquoi l’Église recommande vivement aux fidèles de recevoir fréquemment la sainte communion et elle leur en fait même l’obligation au moins une fois par an, si possible à Pâques. Profitons donc de notre Carême : depuis des siècles, et encore aujourd’hui, il est pour les catéchumènes la dernière montée vers le saint baptême. Les Pères de l’Église ont prononcé à leur intention des catéchèses magnifiques qui peuvent raviver notre foi dans les mystères du Salut et notre amour des sacrements. Pourquoi ne pas nous y plonger ? Une sélection de textes est disponible sur fssp.ch ou dans un petit fascicule imprimé à votre intention .