La transmission vivante de la foi

Abbé Nick Rettino-Parazelli, FSSP · 2024-09-01 · Introibo n°191 — septembre 2024

ou le catéchisme à l’école de saint Pierre Canisius

C’est un honneur pour les Fribourgeois de vivre dans les lieux mêmes qu’a connus le grand saint Pierre Canisius, auteur du célèbre catéchisme. C’est bien de s’en féliciter ; c’est mieux encore d’honorer sa mémoire en s’imprégnant de son œuvre. Le début de l’année scolaire est l’occasion de reprendre les cours de catéchisme, mais ne nous y trompons pas : le catéchisme n’est pas une simple discipline à mettre au niveau de toutes les autres.

La tentation est forte d’écrire « cathéchisme », avec un « h », comme si on écrivait « catholique », tandis que les deux mots ont des origines différentes. Pourtant c’est bien dans le grec que l’un et l’autre plongent leurs racines. Le mot « catholique » est directement tiré du grec katholikos, qui signifie « universel », parce que l’Église fondée par Jésus-Christ a reçu pour mission de s’étendre à tous et jusqu’aux extrémités de la terre : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création. » (Mc 16, 15) Le mot catéchisme quant à lui, est un dérivé du verbe katêkhizein qui se traduit comme « instruire oralement ». Si les deux mots - catholique et catéchisme – se ressemblent à l’oreille et s’ils sont intimement liés dans la pratique, il faut bien les distinguer à l’écrit. Voilà qui est dit !
On passe de la préhistoire à l’histoire du moment que l’on commence à écrire. Si donc le catéchisme se définit comme un enseignement oral, il est un peu malaisé d’en établir l’origine précise. On peut penser que dès lors qu’un humain a une connaissance sur Dieu à transmettre à un autre être humain, il y a catéchisme. Ainsi, il faudrait situer le premier catéchisme dans la Genèse lorsqu’Adam et Ève enseignaient la crainte de Dieu à leurs fils, Caïn et Abel. Depuis lors, les humains n’ont cessé de se transmettre ce savoir de génération en génération, augmentant ce savoir en même temps que s’étendaient la Révélation et sa méditation.
Le catéchisme n’est pas à assimiler à l’Écriture Sainte, mais plutôt à l’explication de celle-ci et de tout ce qui en découle. Nous ne sommes pas les premiers à avoir besoin d’un petit coup de pouce pour pénétrer le mystère de Dieu. Nos ancêtres aussi ont eu recours à un commentaire oral sur ce que Dieu attend de nous. Même avant la naissance du Christ, on donnait le catéchisme. L’Écriture seule ne suffit pas à engendrer la foi. C’est saint Paul qui le dit : « comment croire sans d'abord l'entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? […] Ainsi la foi naît de la prédication ». (Rm 10, 14. 17) L’expérience du diacre Philippe l’atteste, lui qui fut envoyé auprès de l’eunuque de la reine Candace d’Éthiopie. Arrivé auprès du fonctionnaire en train de lire le prophète Isaïe, Philippe demanda : « "Comprends-tu donc ce que tu lis" - "Et comment le pourrais-je, dit-il, si personne ne me guide ?" Et il invita Philippe à monter et à s'asseoir près de lui. » (Ac 8, 30-31) Le catéchisme est donc le moyen privilégié de transmettre la foi. Il se distingue du sermon prononcé en chaire à l’église qui est plutôt exhortatif en ce qu’il est davantage systématique.
Systématique, le catéchisme l’est dès le Moyen-Âge où l’on aborde assez unanimement le Credo, les commandements, les sacrements et le Notre Père, sans pourtant rédiger de manuel complet. C’est Martin Luther qui en 1529 publie pour la première fois un Petit Catéchisme à l’usage des fidèles, en allemand, dans lequel il traite des quatre thèmes traditionnels dans l’ordre suivant : les dix commandements, les principaux articles de la foi, le Notre Père, le baptême, la Sainte-Cène et une exhortation à la confession. Ce dernier chapitre sur la confession disparaîtra sans surprise dans la deuxième édition.
L’empereur d’Allemagne, Ferdinand, constate le grand succès que remporte ce Petit Catéchisme auprès de ses sujets. Il charge donc le jésuite Pierre Canisius de rédiger un équivalent catholique, ce qui est fait en 1555. Le Grand Catéchisme de Canisius, composé en latin mais aussitôt traduit en allemand, s’applique à expliquer en toute simplicité la foi catholique plus qu’à réfuter les affirmations des protestants. Il est persuadé que les très nombreuses citations bibliques et références aux Pères de l’Église suffiront à montrer le bien fondé de la foi romaine contre toute innovation dans ce domaine.
À l’issue du Concile de Trente (1545-1563), un catéchisme du même nom est publié. Il s’adresse en premier lieu aux curés qui reçoivent l’obligation de l’enseigner dans leurs paroisses, surtout aux enfants. Ce livre restera la référence pour l’enseignement catéchétique jusqu’au début du XXe siècle avec la parution des petit et grand catéchismes de saint Pie X. De nombreux catéchismes verront le jour jusqu’au Deuxième Concile du Vatican, après quoi il faudra attendre 1992 pour voir imprimé un nouveau catéchisme à vocation universelle : le Catéchisme de l’Église catholique. 
En plus des nombreuses sources imprimées et numérisées, le message évangélique authentique est désormais également accessible en podcasts et en vidéos de formation. Si ces dernières méthodes constituent un outil d’appoint précieux, il ne faudrait pas perdre de vue que notre religion en est une d’incarnation. La question ne se présentait pas de la même manière à l’eunuque de la reine d’Éthiopie lorsqu’il invita le diacre Philippe à s’asseoir à côté de lui pour ouvrir son esprit à l’intelligence de la foi. Mais effectivement, rien ne saurait remplacer le contact humain, vivant, présentiel, pour engendrer et faire croître la vertu de foi en nous, parce que le catéchisme n’est pas seulement un savoir théorique, mais aussi au moins autant une science pratique. La connaissance de Jésus-Christ doit engendrer l’amour de sa personne et de son enseignement. Cet amour doit nous faire observer ses commandements et pratiquer dignement son culte pour atteindre l’éternité bienheureuse du Ciel. Or, l’amour ne se transmet pas du livre à l’homme ou de la machine à l’homme, mais d’un cœur à un autre. C’est à cette communication que les prêtres de la Fraternité Saint-Pierre vous convient cette année, peu importe votre âge et votre condition.