Méditation à l'approche de la Semaine Sainte
Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2025-04-01 · Introibo n°198 — avril 2025
Fortitudo Christi te creavit : infirmitas Christi te recreavit. La force du Christ t’a créé, la faiblesse du Christ t’a recréé.
Qui ne serait pas émerveillé devant les splendeurs de la création ? Devant les montagnes enneigées, un coucher de soleil sur la mer ? Devant la nature qui renaît au printemps, devant toutes les merveilles qui nous entourent ? Et pourtant, la liturgie va une fois encore nous faire entendre dans la nuit de Pâques que si c’est bien par amour que Dieu a tout créé, c’est par un amour plus grand et plus admirable encore qu’il a tout recréé en venant racheter l’humanité tombée dans le péché.
Méditant sur l’épisode de la Samaritaine où l’évangile nous rapporte que « Jésus, fatigué du chemin, était assis sur le puits », saint Augustin s’écrie : « La force du Christ t’a créé, la faiblesse du Christ t’a recréé. La force du Christ a fait que ce qui n’était pas, fût. La faiblesse du Christ a fait que ce qui était ne pérît pas. Il nous a créés par sa force. Il nous a cherchés par sa faiblesse. » (Saint Augustin, Traité 15 sur l’Évangile de saint Jean)
Voici tout le mystère de ce temps liturgique : si le péché d’Adam, et de toute l’humanité à sa suite, est fondamentalement une désobéissance à Dieu, sa réparation n’est possible que par une reconnaissance de l’autorité divine, c’est-à-dire par un acte d’obéissance. C’est ce qui explique le mystère de l’Incarnation et celui de la Rédemption. L’homme, se croyant fort, avait orgueilleusement désobéi à son créateur. Le Fils, se faisant faible et prenant notre chair, va réparer cette désobéissance et nous obtenir le pardon en mourant sur la Croix.
Continuant sa méditation sur la fatigue de Jésus, saint Augustin établit un magnifique parallèle avec le sommeil d’Adam lors de la création d’Eve : « ce fut en dormant qu’Adam reçut son épouse, formée d’une de ses côtes pour lui être donnée. Ainsi, de Jésus-Christ endormi sur la croix devait sortir l’Église, elle devait sortir de son côté pendant son sommeil : car c’est de Jésus-Christ attaché à la croix et de son côté ouvert par la lance que sont sortis les sacrements de l’Église. C’est que l’infirmité de Jésus-Christ fait notre force. (...) Le Christ est aussi l’Église : sa faiblesse est le principe de notre force. »
Alors souvenons-nous des paroles de Jésus : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. » L’obéissance à Dieu, à sa volonté, à sa loi, l’acceptation patiente de la souffrance et même de nos propres faiblesses et de celles de l’Église, voilà le sacrifice que le Sauveur met comme condition de notre participation aux mérites de sa Passion et de sa mort.
Suivons-le courageusement et nous aurons part à sa glorieuse Résurrection ! Nous avons pour parvenir au but la lumière de son exemple, la force de sa grâce, la promesse de son appui en cas de faiblesse, celle de son pardon en cas de chute et l’espérance du ciel si nous persévérons.