Penser à la mort

Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre · 2025-11-01 · Introibo n°204 — novembre 2025

Assurés du secours de Marie au moment de quitter cette vie

Penser à la mort : voilà qui est difficile pour beaucoup de nos contemporains, et sans doute aussi un peu pour nous. « Les hommes, écrivait déjà Pascal, n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. » (Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg n° 168).

Notre société moderne multiplie les divertissements pour « ne point penser à la mort ». On tâche de l'oublier en s'abrutissant de plaisirs, en masquant sa réalité, en la programmant aussi avec le drame de l'euthanasie, ce qui est une autre façon de la maîtriser pour éviter l'inconnu de son passage. Mais le chrétien sait par la foi que la mort n'est pas la fin de l'existence humaine ; elle est la fin de la vie corporelle seulement, la séparation des deux éléments du composé humain, l'âme et le corps.

La condition mortelle

Le livre de la Sagesse l'affirme clairement : « Dieu n'a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Il a créé toutes choses pour qu'elles soient. » (Sg 1, 13-14). L'Église enseigne que « nos premiers parents Adam et Ève ont été constitués dans un état “de sainteté et de justice originelle”. [...] Tant qu'il demeurait dans l'intimité divine, l'homme ne devait ni mourir, ni souffrir » (CEC 375-376). Soumis à la tentation par le diable, « homicide dès l'origine » (Jn 8,14), le premier couple humain a désobéi à son Créateur et a, par là même, rompu l'alliance avec lui. Les conséquences ont été dramatiques : la perte de la sainteté originelle, la révolte du corps contre les facultés spirituelles de l'âme, la discorde entre l'homme et la femme, l'harmonie rompue avec la création, et enfin la mort corporelle. « Tu es poussière, et tu retourneras en poussière. » (Gn 3,19) C'est ainsi que la mort est « entrée dans le monde », comme le dit saint Paul (Rm 5, 12).

Mais, dans cette même sombre page du récit des origines, un rayon de lumière apparaît, une promesse divine de Salut. Avant même les sentences qui condamnent la femme et l'homme, Dieu dit au serpent : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance ; celle-ci t'écrasera la tête, et toi, tu la viseras au talon. » (Gn 3,15). La Tradition a vu dans cette phrase la première annonce du Salut, le « protévangile » : c'est l'annonce d'un messie rédempteur, d'un combat entre le serpent et la femme, et de la victoire finale du descendant de la femme. Dieu a tenu cette promesse donnée aux commencements mêmes de l'humanité : cette femme, selon que l'ont compris beaucoup de Pères de l'Église et de docteurs, c'est la Vierge Marie, Mère de Dieu, et pour cela préservée de la souillure du péché originel et sans aucun péché personnel, premier effet de la rédemption accomplie par son Fils Notre Seigneur. Elle a été intimement liée à l'oeuvre du Salut, « associée d'un coeur maternel au sacrifice de son Fils unique, donnant à l'immolation de la victime née de sa chair le consentement de son amour » (CEC 964), et c'est pourquoi elle a une mission pour faire parvenir aux âmes les richesses du Salut. Donnée au pied de la croix par le Christ Jésus comme mère à saint Jean, et à travers lui à tous les fidèles, ceux-ci sont ainsi invités à la prendre chez eux. Ève a été la « mère des vivants », origine de l'humanité, mais elle a transmis à ses descendants une nature humaine marquée par le péché et la mort. Au contraire, Notre-Dame est la Mère de ceux qui vivent de la vie divine. Comme le Christ est le « nouvel Adam », principe d'une humanité nouvelle régénérée, Marie est la « nouvelle Ève », qui lui est associée intimement.

Notre-Dame à l'heure de notre mort

Mère des vivants, Marie est celle qui a assisté, accompagné son Fils lui-même, dans le passage obscur de la mort ; elle a désormais un rôle particulier à remplir auprès des chrétiens qui doivent eux aussi passer par les portes de la mort. Nous avons l'espérance du secours de Marie au moment de la mort ; c'est ce que nous disons dans les dernières paroles de la Salutation angélique : « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de la mort. » Les fidèles ont compris d'instinct l'importance de remettre leurs intérêts spirituels dans les mains de leur Mère au moment de mourir, quelle que soit la conscience qu'ils ont de leurs fautes, parce qu'elle est toute miséricordieuse et toute puissante sur le coeur de Dieu. Marie, quant à elle, « ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du Ciel et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des Seigneurs, victorieux du péché et de la mort » (CEC 966). Depuis son Assomption, Notre-Dame peut remplir à l'échelle du monde entier son rôle protecteur et veiller sur la vie et la mort de chacun de ses enfants.

Ces considérations sur la mort peuvent vous paraître austères ; elles soulignent le sérieux de notre vie chrétienne. Nous ne parviendrons au Ciel qu'avec la grâce de Dieu, qui ne fait jamais défaut à ceux qui la demandent humblement. Sur ce chemin, et spécialement lorsqu'il touche à sa fin et qu'il faut passer par la mort, le Seigneur nous a donné sa Mère pour nous assister, et c'est elle qui nous permet de rester sereins et pleins de confiance en la miséricorde divine.