Le mystère de Noël

Abbé Nick Rettino-Parazelli, FSSP · 2026-01-01 · Introibo n°206 — janvier 2026

Comme un homme parle à son ami

« Et nous avons vu sa gloire, qui est la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité. » (Jn 1, 14)

Dans la nuit de Noël, le soleil de justice s'est levé et il a dissipé le brouillard des ténèbres qui nous oppressait. Déjà l'astre du jour est apparu et c'est en effet une journée radieuse, sur la terre et dans le ciel de nos âmes. Les larmes de la veille peuvent faire place à la joie, parce que nos yeux ont vu le salut que le Seigneur préparait à la face des nations. (Cf. Lc 2, 30) Le Fils éternel du Père couché dans une crèche, n'est-ce pas une bienheureuse vision de paix ? Tout ce que l'on peut désirer est là.

Au début de chaque messe nous disons à Dieu : « Deus tu conversus vivificabis nos ... » « Dieu, tournez-vous vers nous et vous nous donnerez la vie et votre peuple se réjouira en vous. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde et accordez-nous votre salut. » Eh bien notre désir s'est réalisé : Dieu s'est retourné de sorte que nous puissions voir son visage de miséricorde. Il s'est même penché jusque sur la terre pour que tous puissent le contempler de près.

Nous sommes blasés de la face de Dieu à cause des peintures, des sculptures, des images pieuses par millions que nous avons vues du visage du Christ. C'est pourtant loin d'être banal que de pouvoir contempler la face de Dieu. Déjà, je dis que voir le visage du Christ c'est voir le visage de Dieu, parce que vous savez bien ce que Jésus a répondu à l'apôtre saint Thomas qui lui demandait qu'on lui montre le Père. Il a dit : « Qui m'a vu a vu le Père. » (Jn 14, 9) Voir le Christ, c'est voir le Fils, et voir le Fils, c'est voir le Père, puisque le Fils est la splendeur du Père. Toute notre éternité consistera à nous émerveiller de la grandeur, de la hauteur, de la profondeur de la majesté de Dieu dans son unité et dans sa trinité, et voir le visage du Verbe fait chair, c'est un premier échelon vers cette béatitude suprême.

Pendant de longs siècles, toute l'attente du peuple hébreu consistait en ce désir tout simple : voir la face de Dieu. À Abraham le Seigneur avait dit : « Marche devant ma face et sois parfait » (Gn 17, 1) Mais, marchant devant sa face, il ne la voyait pas, et il ne lui était pas permis de se retourner pour la voir. « Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu. » (Lc 9, 62)

Moïse pareillement s'était exclamé à Dieu : « Faites-moi voir votre gloire. » (Ex 33, 18) Et le Seigneur lui avait répondu : « “Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom du Seigneur [...] Mais tu ne peux pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre. [...] Quand passera ma gloire, je te mettrai dans la fente du rocher et je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que je sois passé. Puis j'écarterai ma main et tu verras mon dos ; mais ma face, on ne peut la voir.” » (Ex 33, 18-20. 22-23)

Moïse avait absolument tout compris. Il faudrait lire tout le chapitre 33 de l'Exode pour le bien comprendre, mais en résumé, il y a une négociation qui s'engage entre Dieu et Moïse. Le programme initial c'était que Dieu, par la main de Moïse, fasse sortir le peuple hébreu d'Égypte et le conduise jusqu'à la terre promise. Mais voilà que le peuple a fait des bêtises en fabriquant un veau d'or et en se prosternant devant lui. Alors Dieu semble revenir sur sa parole. Il dit à Moïse qu'il va exterminer le peuple, faire de Moïse une grande nation et qu'il va députer un ange pour le conduire jusqu'à la terre promise. Mais Moïse refuse catégoriquement. Il dit : « Si donc j'ai trouvé grâce à tes yeux, [...] Considère aussi que cette nation est ton peuple. » (Ex 33, 13) « Bon, d'accord, dit Dieu. » Et à propos de les envoyer vers la terre promise sans que Dieu vienne avec eux, Moïse insiste : « Si vous ne venez pas vous-même, ne nous faites pas monter d'ici. Comment saura-t-on alors que j'ai trouvé grâce à vos yeux, moi et votre peuple ? N'est-ce pas à ce que vous irez avec nous ? » (Ex 33, 15-16) Et alors Dieu capitule devant Moïse : « Cette chose que tu as dite, je la ferai encore parce que tu as trouvé grâce à mes yeux et que je te connais par ton nom. » (Ex 33, 17) Ce que Moïse a compris, c'est que le paradis, avec toutes ses délices, n'a rien d'intéressant si Dieu n'y est pas. La seule chose qui peut réjouir le coeur de l'homme c'est la vision de la face de Dieu. En la voyant, on n'a besoin de rien d'autre ; mais sans elle, tout, est comme rien.

C'est pour cela que nous sommes épouvantablement choyés de pouvoir voir la face de Dieu dans la crèche le matin de Noël. Si Dieu nous montre son visage, n'est-ce pas le signe clair qu'il veut nous parler face à face comme un homme parle à son ami ? (Cf. Ex 33, 11) Il est le seul et le véritable ami. Et je conclus avec le psalmiste : « De vous mon coeur a dit : “Cherche sa face.” C'est votre face, Seigneur, que je cherche, ne me cachez pas votre face. » (Ps 27, 8-9)