Mettre la croix au centre de nos vies — Un crucifix du XVIe siècle nous parle

Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre · 2026-02-01 · Introibo n°207 — février 2026

Quelques semaines avant le renouvellement de la Consécration de la Fraternité au Cœur Immaculé de Marie

Pleinement Dieu et pleinement homme, le Christ Jésus va entrer dans sa Passion, mourir sur la Croix et ressusciter le jour de Pâques. Cette Passion extraordinaire du Sauveur Jésus, sa « bienheureuse Passion », se présente déjà à l’horizon de notre contemplation. Fixons-y le regard de notre foi.

 Que vous soyez ou non des habitués de la Basilique Notre-Dame de Fribourg, il y a fort à parier que vous n’avez jamais vraiment prêté attention au grand crucifix qui se trouve habituellement suspendu dans la chapelle du Rosaire, sur le mur de gauche. Pourtant cet objet d’art de style gothique tardif, daté de la fin du XVIe s., est, d’après les experts du Service des Biens Culturels, « de grande qualité ». Il se rattache déjà en partie au style maniériste, avec des proportions allongées, un visage et un nez très effilés.

A compter du dimanche 1er février, et jusqu’à la fin du Carême, il est exposé à la vénération des fidèles dans le chœur de la Basilique. En effet, le temps de la Septuagésime, avec lequel commence notre préparation éloignée au mystère pascal, place déjà à l’horizon la « bienheureuse Passion » que dominera la Croix rédemptrice. Cette expression pourrait à juste titre nous choquer. Comment, dans la Canon de la messe, juste après la consécration, l’Église peut-elle nous inviter à offrir à Dieu la Victime parfaite « en mémoire de la bienheureuse Passion du Christ » ? Comme l’explique le cardinal Journet, la Passion est une chose horrible et la Passion est une chose bienheureuse. Les deux sont vraies. C’est d’elle que nous vient toute la douceur chrétienne qui s’est répandue sur le monde. Pendant ces semaines, où votre pensée reviendra à la Passion de Jésus et à sa crucifixion, regardez-les avec la foi : ce n’est pas la douleur, l’écrasement, la crucifixion d’un simple homme - qui ne serait qu’une chose terrible -, c’est la douleur, la Passion, la crucifixion du Verbe fait chair. Il y a dans la Croix, au cœur de la Croix, une lumière adorable. C’est pourquoi, on peut demander de la serrer sur son cœur.

Si cela n’était que la croix d’un homme, non, on ne pourrait pas demander de la serrer sur son cœur ! On n’en trouverait pas la force, ni le désir. Il y a, à l’intérieur de la Passion de Jésus, il y a la lumière du Verbe. Et quand on s’approche d’elle, cette lumière traverse le rideau de souffrance, de douleur, d’angoisse et d’agonie, et vient pacifier nos cœurs. C’est cela qu’il faut que nous gardions : cette foi en venue contre notre cœur, à ce moment-là la divinité du Sauveur Jésus. »

Contempler un crucifix peut nous aider à poser ce regard de foi. Celui de la Basilique a la particularité de représenter les mains de Jésus dans un geste de bénédiction, les deux derniers doigts étant repliés et les trois premiers étendus. Cela manifeste, certes discrètement, que c’est bien en mourant sur cette Croix que le Fils de Dieu fait homme nous a obtenu toute bénédiction et toute grâce. « C’est là que nous l’adorons, nous avertit Journet. En pressant la souffrance de Jésus, en pressant les ténèbres qui entourent sa venue contre notre cœur, à ce moment-là passera jusqu’au fond de nos cœurs un degré d’amour de plus. »