La Semaine Sainte : preuve ultime de l'amour de Dieu

Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2026-04-01 · Introibo n°209 — avril 2026

Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout…

Que veut dire « aimer » ? Que signifie concrètement le fait d'aimer quelqu'un ? Aimer, nous enseignera le philosophe, c'est vouloir le bien de l'autre, vouloir son bonheur. Aimer, c'est alors donner sans compter, non seulement de ses biens, mais encore de son temps, de son énergie. Aimer c'est même, pour reprendre les mots de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, aimer c'est « tout donner et se donner soi-même ». Car, comme nous l'a enseigné Jésus, « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime ».

Par l'Incarnation, Dieu a tant aimé les hommes qu'il a voulu unir sa divinité à notre pauvre humanité et ne faire qu'un avec nous. L'union des deux natures, divine et humaine, dans le Christ : voici déjà un témoignage d'amour de Dieu.

Mais cela n'était pas encore suffisant à assouvir son amour. Depuis le péché originel, la souffrance et la mort étant irrémédiablement liées à notre condition, Dieu-fait-homme a voulu librement être uni aux conséquences même de ce péché. Il a voulu porter nos souffrances, toutes nos croix, toutes nos épreuves, tout ce mal sous lequel si souvent nous nous sentons comme écrasés, il a voulu s'unir à nous au point de ne faire qu'un avec cette humanité pécheresse, prenant sur lui toutes les conséquences de ce péché. L'expiation de nos péchés et la rédemption de l'homme : voici une seconde marque de l'amour divin.

C'est parce qu'il voulait ne plus faire qu'un avec nous, afin que nous ne fassions plus qu'un avec lui, que le Christ a donné sa vie pour nous. C'est pour que nous puissions être unis à lui éternellement dans la vision béatifique, dans le bonheur éternel du Ciel, qu'il est mort sur la Croix, nous invitant à sa suite à passer de la mort à la Vie. Le don de la grâce sanctifiante, la vie surnaturelle qui habite en nous depuis le jour de notre baptême : voici encore un témoignage de l'amour de Dieu.

Mais aimer c'est ultimement désirer ne faire qu'un avec celui que l'on aime. Alors le soir du Jeudi Saint, juste après son dernier repas, Jésus formule, dans une ardente prière à son Père, ce désir divin de s'unir à nous : « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous. (...) Qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi, afin qu'ils soient parfaits dans l'unité ».

Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout. Pour réaliser réellement, immanquablement, cette unité, avec ses apôtres, mais aussi avec tous ses disciples de toutes les époques, avec tous les fidèles qui croiront en lui jusqu'à la fin des temps, pour réaliser cette union avec l'âme du chrétien qu'il aime infiniment et par qui il désire ardemment être aimé, pour donner à nos âmes si faibles, les fruits de son sacrifice rédempteur qu'il a offert sur la Croix et qui nous donne le pardon et la vie éternelle, pour s'unir à nous, réellement, substantiellement : il nous donne, dans l'Eucharistie, le plus beau et le plus important témoignage de son amour. Il se donne à nous. « Ceci est mon corps livré pour vous », « ceci est mon sang versé pour vous et pour une multitude en rémission des péchés », car « qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. »

En méditant durant le Semaine Sainte sur la Passion, les souffrances et la mort du Sauveur, en recevant son corps vivant dans la communion pascale, souvenons-nous de quel amour Dieu nous a aimés, de quel amour il nous aime, au point de désirer ne faire qu'un avec les pécheurs rachetés que nous sommes.