Jésus s’élève emmenant avec lui la foule des captifs

Abbé Nick Rettino-Parazelli, FSSP · 2026-05-01 · Introibo n°210 — mai 2026

Réflexions autour de la date de l'Ascension

Alléluia. Le Seigneur est dans son sanctuaire comme au Sinaï ; il monte au ciel, emmenant avec lui la foule des captifs. Alléluia.

Quarante jours après Pâques et dix jours avant la Pentecôte, l’Église nous invite à fêter l’Ascension du Seigneur dans la gloire des cieux. Pourtant, les Évangiles et les Actes des apôtres ne sont pas d’accord sur la date de cet événement. Une tradition présente chez les orthodoxes situe l’Ascension environ un an et demi après Pâques ; une autre tradition enseigne que le Christ a pris possession de son trône céleste le jour même de sa résurrection ; et une autre tradition encore associe l’Ascension et la Pentecôte le même jour. Voilà qui est embêtant pour nos esprits gréco-latins en quête de chronologie claire ! C’est pourquoi nous nous sommes attachés au décompte de saint Luc, un médecin, à l’esprit logique, qui nous dit que le Seigneur est monté au ciel quarante jours après Pâques et dix jours avant la Pentecôte.
Ce qui est mis en doute ici, ce n’est pas le fait, la réalité, de l’Ascension, mais simplement le moment où celle-ci a eu lieu. D’une certaine manière, cela a peu d’importance : tant que le Christ est au Ciel et qu’il nous y prépare une place, qu’importe que ce soit arrivé deux ou deux cents jours après Pâques ! Néanmoins, Dieu ne fait rien pour rien ; au contraire, il a même de bonnes raisons de faire ce qu’il fait. Même s’il subsiste un doute sur la date exacte de l’Ascension du Seigneur, nous faisons bien de tenir ce quarantième jour après Pâques comme le jour où cet événement capital a eu lieu.
Situer l’Ascension le quarantième jour après Pâques est très convenable, parce que cela fait en sorte que les événements du Nouveau Testament sont présentés comme le perfectionnement des événements de l’Ancien Testament.
La Pâque juive commémore la libération du peuple hébreu de l’esclavage en Égypte et le passage de la mer Rouge ; la Pâques chrétienne est la libération de l’esclavage du péché et le passage de la mort à la vie éternelle. Cinquante jours plus tard, c’est la Pentecôte juive, qui commémore le don de la Loi, les dix commandements ; la Pentecôte chrétienne, cinquante jours après Pâques, est le don de la loi nouvelle enseignée par le Saint-Esprit. L’Ascension se situe quelque part entre les deux, un peu plus d’un mois après Pâques et quelques jours avant la Pentecôte. Cependant, il n’y a pas de fête juive de l’Ascension ; mais il y a bel et bien une ascension autour de ces jours-là dans le récit de l’Exode, c’est l’ascension de Moïse au sommet du mont Sinaï.
Pour que la Loi de Dieu pût être donnée, il fallait que quelqu’un aille la chercher, et ce quelqu’un c’est Moïse. Il est allé rencontrer Dieu au sommet de la montagne ; il a procédé à l’ascension du mont Sinaï. Le peuple aura peur de le suivre, c’est pourquoi Moïse va monter tout seul. On pourrait penser que Jésus aussi monte seul le jour de l’Ascension, mais voilà ce que dit l’Alléluia de la messe de cette fête : « Le Seigneur est dans son sanctuaire comme au Sinaï - ce que nous venons d’expliquer - il monte au ciel, emmenant avec lui la foule des captifs. » Alors cette fois-ci, Jésus va vraiment parfaire, compléter l’ascension de Moïse, en ne montant pas tout seul auprès du Père, mais en montant le premier, emmenant avec lui la foule des captifs que nous sommes. Non plus les captifs du péché comme autrefois nous l’avons été, mais les captifs du Christ, captivés par son amour. Et ainsi le Christ vient réellement non pas abolir la loi et les prophètes, mais les accomplir admirablement. 
En montant au ciel, le Christ nous ouvre la voie, nous rend possible l’entrée dans le paradis, mais pas que. Le jour même de l’Ascension, déjà des milliers, voire des millions d’âmes accompagnent le Seigneur dans sa gloire, toutes ces âmes saintes qui avaient été retenues depuis Adam et Ève dans les limbes. Elles ne pouvaient pas monter vers Dieu, parce que le chemin en avait été bêtement bloqué par le péché. Mais le Christ a brisé les portes des enfers et tous les captifs ont pu retrouver la liberté à la gloire de la sainte Trinité.
La vie éternelle, ce n’est pas une blague. Que Jésus soit monté au ciel, c’est l’assurance pour nous que nous l’y suivrons. Les Hébreux ne sont pas montés à la rencontre de Dieu, parce qu’ils avaient peur. Jésus nous a dit que l’avoir vu, c’est avoir vu le Père ; il nous a montré son amour de mille et une manières et il a déclaré que le Père lui-même nous aime. On peut donc certainement avoir peur de la mort, mais certainement pas de ce qui va suivre notre mort si nous gardons les paroles de Jésus. Ses paroles sont esprit et elles sont vie et celui qui les garde demeure en Dieu et Dieu en lui. Et parce qu’il est probable que nous les oubliions, le Seigneur enverra son Esprit qui nous rappellera tout ce qu’il nous a dit tandis qu’il était avec nous.
Ne nous éloignons donc pas de Jérusalem, mais attendons la réalisation de la promesse du Christ. En union avec la bienheureuse Vierge Marie, prions pour qu’il vienne, celui qui doit venir, qu’il nous délivre du péché et qu’il nous montre le chemin qui mène au sommet de la montagne de Dieu dans la vie éternelle.