Suis-je ou non un prêtre véritablement catholique ?
Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2026-06-01 · Introibo n°211 — juin 2026
Chers fidèles,
La question en surprendra peut-être certains, mais la douloureuse actualité de l'Église l'a fait naître en mon esprit. Une autre surprise attend ceux qui liront ces lignes : s'ils ont depuis vingt ans (ou moins) l'occasion de m'entendre prêcher à Fribourg et s'ils ont pris la peine de lire les 200 derniers numéros de ce bulletin Introibo, ils sauront que je ne m'exprime quasiment jamais à la première personne et que je ne parle habituellement que très peu en public de ce que je pense ou ressent. Mais là encore, dans la situation actuelle, je crois de mon devoir d'écrire ces quelques lignes. Revenons à notre question : « Suis-je ou non un prêtre véritablement catholique ? ». Pour pouvoir y répondre, il faut se souvenir qu'être catholique c'est professer la foi de l'Église, recevoir ses sacrements et reconnaître, dans la communion, l'autorité de sa hiérarchie.
Professer la foi catholique
Ce en quoi nous croyons nous vient de Dieu qui s'est révélé à l'homme depuis les origines, comme nous le rapporte le livre de la Genèse, et d'une manière parfaite et entière dans l'enseignement et l'exemple de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme pour nous sauver. Ce dépôt de la foi, l'Église a reçu mission du Christ de le transmettre aux hommes au fil des siècles et de l'expliquer par son Magistère en précisant toujours mieux le contenu de la Révélation. Écriture Sainte, Tradition et Magistère sont si étroitement unis entre eux qu'aucun n'existe sans les autres. Être véritablement catholique ce sera donc professer et enseigner la foi catholique reçue des apôtres, sans édulcorer son contenu ou réduire ses exigences, mais en enseignant avec humilité, charité et courage la vérité reçue de Dieu.
Recevoir et donner les sacrements catholiques
Institués par le Christ, les sept sacrements de l'Église nous communiquent les fruits de la Rédemption du Christ. Malgré leurs limites, leurs faiblesses et parfois même leurs péchés, les ministres des sacrements sont des instruments efficaces de la grâce que Dieu veut transmettre à nos âmes. La liturgie, notamment dans la forme ancienne du rite romain, est un écrin qui conserve précieusement ces sept signes sensibles et efficaces institués par le Christ et confiés à l'Église pour nous donner la vie divine. Au centre de ces sacrements, l'Eucharistie est le sacrifice même du Corps et du Sang du Seigneur Jésus, qu'il a instituée pour perpétuer au long des siècles jusqu'à son retour le sacrifice de la croix, se rendre réellement présent au milieu de son Église et se donner aux fidèles dans la communion.
Être sous l'autorité et en communion avec la hiérarchie visible de l'Église catholique
Écoutons saint Ambroise : « Si quelqu'un objecte à l'Église qu'elle peut se contenter de Jésus-Christ pour chef et pour époux unique, et qu'il ne lui en faut point d'autre, la réponse est facile. Jésus-Christ est pour nous non seulement l'auteur mais encore le vrai ministre intérieur de chaque sacrement. C'est vraiment Lui qui baptise et qui absout, et néanmoins, Il n'a pas laissé de choisir des hommes pour être les ministres extérieurs des sacrements. Ainsi, tout en gouvernant Lui-même l'Église par l'influence secrète de son Esprit, Il place aussi à sa tête un homme pour être son vicaire et le dépositaire extérieur de sa puissance. A une Église visible, il fallait un chef visible. Voilà pourquoi notre Sauveur établit saint Pierre chef et pasteur de tout le troupeau des fidèles, lorsqu'Il lui confia la charge de paître ses brebis. Toutefois il le fit en termes si généraux et si étendus qu'il voulut que ce même pouvoir de régir toute l'Église passât à ses successeurs. » Ainsi, comme l'enseigne le catéchisme, c'est seulement par l'Église catholique, fondée par Jésus-Christ et gouvernée par le successeur de saint Pierre et par les Évêques en communion avec lui, que l'on possède tous les moyens pour faire son salut. Les graves crises dans l'Église, notamment lorsque certains membres de la hiérarchie favorisent parfois l'erreur, ont pu, par le passé, ou peuvent encore aujourd'hui, amener certains à perdre de vue à leur tour des éléments essentiels de la doctrine catholique, comme la communion hiérarchique ou l'assistance divine promise à l'Église dans son ensemble.
État de nécessité ?
Malgré bien des faiblesses, je crois pouvoir affirmer que depuis l'ordination sacerdotale qui m'a été conférée il y a tout juste 20 ans, je n'ai jamais manqué de professer et j'ai toujours tâché d'enseigner tout ce que contient la profession de foi que l'Église demande de faire à tout candidat au sacerdoce. Et très nombreux sont dans l'Église catholique visible les pasteurs fidèles qui sont, à la lumière de ce qui précède, véritablement catholiques. De ce fait, lorsque certains affirment que la situation présente constitue un « état de nécessité » tel qu'il serait impossible pour la sanctification et le salut des âmes de trouver des pasteurs véritablement catholique en dehors d'une unique société religieuse, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (comptant 733 prêtres) et que cet état justifierait à lui seul, pour cette société, de poser le 1er juillet prochain un acte de désobéissance grave et une nouvelle rupture dans la communion hiérarchique, je ne peux qu'être en total désaccord avec eux. Quant à ceux qui, se rendant bien compte que le motif invoqué n'est pas tenable, pensent pouvoir fermer les yeux ou minimisent la gravité de cet acte (qui entraînera, selon le droit de l'Église, une excommunication automatique), et cela sous prétexte de pragmatisme ou d'utilitarisme, je ne peux que leur rappeler ce principe de moral que la fin ne justifie jamais les moyens et qu'il s'agit ici d'une atteinte extrêmement grave à un point central de la foi catholique. Je n'entends pas minimiser ce que cette situation peut avoir d'extrêmement douloureux pour certaines familles qui se trouvent divisées ou pour celles qui, ayant fait des choix éducatifs pour leurs enfants, se trouvent dans une grande perplexité. Je les assure de mes prières ainsi que de celles des mes confrères. Dans l'esprit de nos fondateurs, nous voulons être fidèles à la Tradition reçue des apôtres, en gardant le lien ecclésial indispensable avec celui à qui le Christ, en la personne de saint Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son Église.