Remercier Dieu... toujours !

Abbé Arnaud Evrat, FSSP · 2026-09-18

Nous sommes si portés à nous plaindre de ce qui nous manque, et si peu à remercier de ce que nous avons reçu, voire même à le remarquer ! Que cette rentrée scolaire nous trouve pleins de reconnaissance et remplis d'actions de grâces.

Chers fidèles,

La gratitude ou la reconnaissance est une vertu, c'est-à-dire une bonne habitude prise par l’âme, une disposition à bien agir. Pour la définir, saint Thomas cite Cicéron : « C’est la volonté de rétribuer autrui en souvenir des bons offices de son amitié ». (IIa IIa2 Q80) 

Un bienfait procédant de la bonté du bienfaiteur ne peut pas ne pas provoquer la reconnaissance chez celui qui le reçoit et on ne saurait se contenter de simplement en garder le souvenir : on cherche à lui manifester cette gratitude et à le payer en retour. On cherche à rendre bienfait pour bienfait. Mais comme on ne peut pas toujours rendre l’équivalent de ce qu’on a reçu, on s’efforce de faire de son mieux et même de rendre plus qu’on a reçu. « Si la reconnaissance est inférieure ou égale au bienfait reçu, elle semble n’acquitter qu’une dette. Aussi la reconnaissance pour un don doit toujours tendre à la surpasser », dit saint Thomas (IIa IIae Q106).

Mais rendre bienfait pour bienfait, voilà qui est bien impossible envers Dieu, si nous regardons sa perfection à laquelle rien ne peut être ajouté. Aussi, remercier Dieu prendra pour nous la forme de la reconnaissance, de la louange et enfin du culte publique, tout spécialement par le Saint Sacrifice de la Messe. 

Reconnaissance

Rendre grâce à Dieu c’est reconnaître que sans lui nous ne pouvons rien faire. C’est reconnaitre que sans le secours de sa grâce nous ne pouvons vivre chrétiennement et parvenir au Ciel. En effet, si Dieu ne nous comble pas toujours de biens créés, si parfois nos forces physiques font défauts, s’il n’épargne pas toujours nos familles ou nos communautés des difficultés matérielles, il est un don qu’il nous accorde toujours et qu’il déverse sans cesse sur nous, un don bien plus précieux que tous les autres, c’est celui de sa grâce. Comme l’expression « rendre grâce » nous le rappelle, nous devons une immense reconnaissance pour ce bienfait surnaturel, pour ce don reçu sans aucun mérite de notre part : la grâce de Dieu. Cette grâce est le don le plus précieux que nous recevons de Dieu, c’est une participation à sa vie même, c’est un avant-goût du Ciel : « le moindre degré de grâce vaut plus que toutes les richesses de l’univers » disait le saint Curé d’Ars.

Louange

Rendre grâce à Dieu c’est ensuite faire de notre vie un cantique de louange. Louer Dieu par notre bouche dans une prière de louange comme les psaumes nous y invitent. Mais aussi le louer par toute notre vie en étant fidèles aux grâces reçues de lui. « Comment louer Dieu à longueur de journée ? », se demandait saint Augustin. Voici le moyen :  « Quoi que tu fasses, fais-le bien, et tu loues Dieu. » Pour remercier Dieu des grâces qu'il nous donne, le meilleur moyen est de les faire fructifier en faisant le bien sans nous lasser.

Eucharistie

Enfin, il est un moment où notre action de grâces occupe une place particulière : ce moment, cet acte, est justement désigné par le mot grec qui signifie action de grâce :  « Eucharistia ». Nulle part ailleurs que dans la célébration de l’Eucharistie, c’est-à-dire à la Sainte Messe, il n’apparaît plus clairement que nous sommes les destinataires des dons divins et combien nous avons donc de raisons de remercier le Seigneur. Le moment le plus précieux pour remercier est donc celui qui suit la Sainte Communion.  «  Il doit y avoir à ce moment, écrit le P. Garrigou-Lagrange,  un contact de l’âme de Jésus, unie personnellement au Verbe, avec la nôtre, une union intime de son intelligence humaine éclairée par la lumière de gloire avec notre intelligence souvent obscurcie ; il doit y avoir aussi une union non moins profonde de la volonté humaine du Christ, fixée dans le bien, avec notre volonté chancelante ; et enfin une union de sa sensibilité si pure avec la nôtre parfois si troublée. »


Faisons toujours monter vers Dieu notre louange et notre action de grâces pour tous ses bienfaits.  Et comme nous sommes bien incapables de rendre à Dieu  bienfait pour bienfait, demandons à Marie de venir à notre secours et de nous obtenir de participer à l’action de grâces qu’elle offre à Dieu dans le Ciel depuis son Assomption.


Dans notre langue française, la signification du mot « reconnaissance » est fort belle et très expressive. Chez nous, remercier, rendre grâce, c’est reconnaître. Il y a là un travail d’idées vraiment très beau.  « On reconnaît  » , c’est plus vaste que la simple gratitude. On reconnaît non seulement l’acte bienveillant, mais le sentiment dont il procède, et de plus la qualité du bienfaiteur, la supériorité de la personne qui a bien voulu faire acte pour nous. La reconnaissance, c’est le sentiment qui affecte le cœur en face de la qualité de la personne bienfaisante, en face des aspirations qui ont dicté le bienfait ; c’est le sentiment, et de la distance entre le donateur et celui qui reçoit, et de la bonté de celui qui donne et de la valeur du don. Notre mot français dit tout cela. C’est l’acte de l’intelligence mis à la base des sentiments du cœur.

P. Clerissac, La lumière de l’Agneau, p 26