Notre-Dame des Marches, le petit Lourdes fribourgeois (I)

Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre · 2010-02-01 · Introibo n°33 - février 2010

Notre-Dame des Marches ! Nouthra Dona di Maortsè ! Dans le cœur et la mémoire des Gruériens, ce nom possède une résonance toute particulière. La chapelle de Notre-Dame des Marches, à Broc, voit depuis des siècles défiler les fidèles qui viennent y confier leurs joies et leurs peines.

Aperçu géographique et historique

Les alluvions de la Jogne et de la Trême barrant le lit de la Sarine ont formé un marais, qui a donné son nom à la plaine des Marches. Comme les branches d’une étoile, autour de ce centre s’ouvrent les vallées de l’Intyamon, la combe de Vaulruz, le vallon de la Trême, le val de Charmey et la Basse-Sarine. La chapelle, comme un visage couronné par la Dent de Broc, la Dent du Chamois et le Vanil Noir, fait face à la ville de Gruyères, qui s’inscrit sur la toile de fond du Moléson.

La région fut fortifiée par les Romains, qui établirent là leur transversale, du Léman à l’Oberland. Après les grandes invasions, les Alémans, conscients de l’importance stratégique du passage, l’appelèrent Brücke, qui est devenu le Broc actuel. La paroisse de Broc est l’une des plus ancienne du canton de Fribourg : elle remonterait aux alentours du Xème siècle. Par ailleurs, un prieuré bénédictin s’installa à Broc, au bord de la Sarine, avant 1140. Les relations entre le prieuré et la paroisse ne furent pas toujours au beau fixe jusqu’au XVIIIème siècle où le prieur prit également la charge de la paroisse (remarquons que pour cette raison le curé de Broc porte encore aujourd’hui le titre de prieur).

L’ermitage des Marches

Le nom des « marches » viendrait d’une contraction du mot « marètse » qui désigne en patois un terrain marécageux. La chapelle des Marches se situe en effet sur un lit d’alluvions, régulièrement inondé par la Sarine.

On a longtemps affirmé qu’une léproserie aurait été fondée entre le XIIIème et le XIVème siècle à proximité de la chapelle, comme ce fut le cas pour Notre-Dame de Bourguillon (cf. Introibo n° 25, mai 2009). Il semble en réalité que les documents de l’époque désignent plutôt un lieu du même nom à proximité de Matran. Ce qui est sûr, c’est que l’existence de la chapelle est attestée en 1572, par un document qui parle de « la vénérable chapelle des Marches ».

La chapelle des Marches devint tristement célèbre à l’occasion des épidémies de peste du XVIIème siècle. En 1636 le Conseil de Fribourg autorise d’établir un cimetière pour les pestiférés près de la Chapelle des Marches, ceci afin d’inhumer dignement les malades tout en évitant les risques de contamination des habitants de Broc.

En 1668, Jean Pierre Castellaz, bourgeois de Gruyère, ancien banneret, légua une somme considérable en faveur de la chapelle des Marches. Une représentation du chœur de cet édifice nous a été transmise dans l’ex-voto de 1678 accroché aux murs actuels. Dans une abside polygonale, éclairée de deux fenêtres, un autel de style classique sert de cadre à la Vierge, vêtue de rouge et de bleu.

Construction de la chapelle actuelle

Jean-Jacques Ruffieux, curé-doyen de Gruyères, et ses frères Nicolas, prieur de Broc, et François, prêtre à Gruyères, construisirent l’église actuelle, de 1704 à 1705.

(Plaque rappelant la reconstruction du sanctuaire par Dom Jean-Jacques Ruffieux)

Au commencement, le prieur Dom Nicolas Ruffieux voulait construire une nouvelle église au centre du village de Broc car l’église du prieuré bénédictin qui servait d’église paroissiale était éloignée du centre du village. Les Chanoines de Saint-Nicolas ainsi que le Gouvernement de Fribourg firent échouer ce projet (l’église paroissiale ne fut construite qu’en 1877). Nicolas Ruffieux se serait alors décidé à bâtir une chapelle, déclarant : « Eh bien ! puisque je ne puis pas avoir mon église, j’aurai du moins devant mes yeux, la plus belle chapelle du pays ! »

C’est son frère, Jean-Jacques Ruffieux, qui prit le devant des opérations. Les habitants de Broc s’engagèrent à fournir et conduire sur place les matériaux. Les trois prêtres avaient déjà édifié, en 1701, la chapelle de la Daudaz, et Jean-Jacques Ruffieux allait, en 1735, faire construire, dans un style semblable, le chœur de l’église de Gruyères encore conservé. Si le nom de l’architecte nous est inconnu, Jean-Jacques Ruffieux a laissé, au-dessus de la sacristie, une plaque de bronze à ses armes : croissant et trois étoiles, surmonté du monogramme de la bienheureuse Vierge Marie.

Enfin, en 1721, la commune de Broc fit construire un mur d’enceinte, et planta vraisemblablement les tilleuls qui ombragent la cour actuelle.

à suivre 

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Sources :
- Etienne Chatton, ND des Marches
- François et Jacques Rime, Les Marches